Transmis par Samuel

La vision duelle de toute chose est aussi confortable que le maintien des croyances profondément ancrées. Le monothéisme a majoritairement supplanté le polythéisme, affirmation simple et claire. Un seul Dieu remplace un panthéon de divinités dans l’esprit des hommes.

En parcourant les allées d’une bibliothèque, j’ai été poussé à m’aventurer dans le rayon des auteurs classiques, ce que je ne faisais jamais. J’ai commencé à lire Sénèque et Ovide. J’ai pu m’imprégner des jeux de pouvoirs qui agitaient Rome il y a deux millénaires. Les rituels et les offrandes, dans les temples dédiés à telle ou telle divinité, faisaient partie intégrante de la vie romaine. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était la conviction des Romains qu’au-delà des puissances divines, ô combien semblables aux caprices humains pour la colère, l’envie, la rivalité ou la séduction, ils percevaient que même les dieux étaient assujettis à quelque chose de plus grand. La religion de la Rome antique reconnaissait l’existence d’un Éternel, d’un Sans-Nom, d’une force dans le cosmos sous-tendant l’ensemble de l’Univers. Hommes et dieux évoluaient sous le regard d’un Très-haut, d’un Tout impersonnifiable.

Ma perception du monothéisme se redéfinit alors comme une relation plus engagée, plus directe avec ce Très-Haut. Le polythéisme n’est plus pour moi antinomique du monothéisme, mais une perception paradoxalement plus complète que le monothéisme.

Le polythéisme intègre un monde réel, situé entre celui des hommes et la Source divine.

Évoluant juste au-dessus de la tête des hommes, ces entités célestes sont soumises à la même Loi du Libre Arbitre. Ce monde est décrit comme inatteignable par l’homme commun, sauf en songe ou par l’intercession d’un prêtre, d’un mage, d’un sorcier ou d’un oracle. Ce monde peut quant à lui se jouer de l’homme et interférer dans les affaires terrestres à sa guise. Il est peuplé d’êtres aux envies, désirs et aspirations semblables à ceux qui agitent et pétrissent la psyché humaine. La doxa actuelle présupposant l’étroite imbrication de notre plan physique avec un monde invisible, aujourd’hui nommé plan astral, trouve un intéressant écho avec le polythéisme d’un passé pas si lointain.

Un désir ardent de délivrance

La lecture de Virgile est très marquée par l’atmosphère régnant à Rome dans les décennies juste avant notre ère. La chute de la République romaine dans le déshonneur, l’assassinat de Jules César en l’an -44 et les guerres civiles se conjuguent pour mener aux désespoirs les citoyens romains. Virgile chante alors le désir ardent de la délivrance, de l’appel silencieux d’un sauveur miraculeux délivrant les cœurs romains.

Une résonance avec le messianisme juif au Ier siècle avant l’ère courante me saute aux yeux à ce moment-là. Mes guides, utilisant ma petite voix intérieure, m’avaient auparavant dirigé vers une boîte à livres lors d’une promenade en ville. Cela vibrait fort en moi lorsque je pris en main une étude des manuscrits de la Mer Morte, réalisée par un chercheur du Département biblique de l’Université hébraïque de Jérusalem.

La lecture est assez technique et un peu soporifique. Ces manuscrits sont attribués à la secte essénienne de Qumrân. Les Esséniens étaient originaires de la communauté juive syriaque qui avait migré de Damas pour s’éparpiller en Judée, en Samarie et en Galilée. Les juifs esséniens s’étaient séparés du Temple de Jérusalem. La communauté de Qumrân s’était, quant à elle, cristallisée dans une certitude. Ils croyaient que Dieu était sur le point de rétablir la royauté d’Israël. Israël est le nom hébreu attribué au patriarche Jacob après que celui-ci connu l’illumination et devint prince de Dieu.

Le passé nous enseigne que l’histoire est marquée régulièrement d’épisodes où certains groupe d’hommes étaient enclin à espérer en une ère nouvelle, sur le point de commencer. Les Esséniens de Qumrân témoignèrent ainsi dans ces manuscrits de leur conviction secrète que les Temps messianiques étaient arrivés.

Les Temps messianiques devaient mettre fin aux Temps de perdition.

Le mythe du messianisme

Les Esséniens de Qumrân avaient une vision dualiste où la Lumière s’opposait aux Ténèbres, la Vérité devait chasser le Mensonge. Le chef de leur communauté y était exalté comme le serviteur souffrant. Il se voyait comme le Messie et était perçu comme tel par sa communauté. La royauté d’Israël devait être à la fois temporelle et spirituelle, de ce monde et pas de ce monde tout à la fois.

À la mort du roi Hérode en l’an 4 avant notre ère, une révolte juive se déroula. Le chef de leur communauté fut poignardé par les soldats romains et son corps fut laissé à la vue de tous pendant trois jours. Lui et ses disciples croyaient que le temps de la guerre eschatologique entre les Fils de Lumière et les Fils des Ténèbres, pour laquelle ils se préparaient, était enfin arrivé. La déception fut amère.

Le messianisme continua cependant d’imprégner la pensée juive aux côtés de la décadence des orgies romaines en certaines cités de Galilée. C’est au confluent de cette dissemblance que naquit et grandit Yeshua, que nous nommons aujourd’hui Jésus. L’histoire retint sa rencontre avec Jean Baptiste proche de l’endroit où le Jourdain débouche dans la Mer Morte. La pensée essénienne de Qumrân recherchait toujours le Messie qui accomplirait la Prophétie. Or, Yeshua décida de diverger de leur vision et de s’en affranchir pleinement. Le Monde nouveau était là selon lui. Il n’y avait point de lutte, de combat extérieur à mener. Plus tard, lorsque Yeshua fut déféré devant Ponce Pilate, gouverneur ayant succédé à Hérode, il refusa de répondre à la question de savoir s’il était Roi. Il refusa d’entrer dans la guerre eschatologique désirée par les Esséniens de Qumrân. Mais le fait de ne pas le nier non plus représentait un risque trop élevé pour les Romains…

L’amère déception face à un Christ seulement spirituel n’égalait que l’espérance ruinée.

L’attachement aux prophéties n’a pas permis de comprendre le véritable sens de la descente de l’énergie christique dans le plan physique au travers d’un réceptacle humain. Les désirs de l’homme résistaient à l’Œuvre de l’Éternel.

L’Islam

L’attente d’un Messie devant arriver sur le plan politique et sur le plan religieux se poursuivit au sein de certaines communautés juives. Des liens troublants lient des psaumes inédits de ces manuscrits de la mer Morte, inconnus dans la littérature rabbinique, et certains passages contenus dans le Coran.

L’Islam est une conquête sur le plan politique tout autant que sur le plan religieux.

Longtemps, je n’ai eu qu’une seule réminiscence d’une vie musulmane, sous une identité féminine dans la Syrie du XIème ou XIIème siècle. J’ai lancé un appel intérieur pour régresser vers une vie qui me rapprocherait du temps de l’Hégire. Jusqu’alors, je n’étais habité que par une intime conviction d’avoir vécu la fin de la Jâhilîya, la période antéislamique.

Je me vois assis sur le pas de la porte d’une solide demeure de couleur sable. Je suis vieux. Je porte une longue barbe blanche, et une étoffe couvre ma tête. Je ressens occuper une position élevée au sein de la communauté. J’observe les allées et venues sur la place centrale qui me fait face. Toutes les personnes me saluent d’un titre que je ne comprends pas. Quelques personnes que je ressens être des proches ou des parents me gratifient d’un Sa’id. Je ressens les sentiments qui m’habitent en ce temps, en ce lieux, en cette identité. Je suis inquiet. Il se trame quelque chose d’important. On attend avec impatience ma mort. Je sais qu’on n’intenterait rien contre moi à cause de mon engagement passé dans la nouvelle foi et dans les batailles menées. Mais tout cela va prendre un tournant qui m’attriste. J’ai fait mon temps et le temps à venir m’échappera que je le veuille ou non. Je porte un secret que quelques anciens compagnons tout aussi vieillissant pourraient encore révéler.

Je sais que l’on peut interroger celui ou celle qu’on incarne à un moment précis de la trame de nos vies terrestres. Je demande à Sa’id s’il était là au tout début. Sa réponse est affirmative mais il m’empêche d’accéder à notre mémoire, celle de sa jeunesse. Il emploie cependant une parabole que je ne comprends pas :

Nous baissions les yeux pour ne pas fixer l’image de notre secret dans nos esprits.

Je dois reprendre mes recherches et j’enjoins mes guides de me souffler une direction.

De Nazareth à Bethléem

Le Nouveau Testament, fixé en 363 lors du Concile de Laodicée, paracheva l’œuvre de l’empereur romain Constantin Ier lors du Concile de Nicée en 325. Il avait déjà fait bâtir la basilique de la nativité en 333 afin d’imposer Bethléem comme lieu de naissance de Yeshua/Jésus. Nazareth n’était qu’un obscure village dans les terres de l’ancienne tribu de Zabulon. Le pays de Zabulon est un petit territoire qui avait été vidé en partie de ses habitants juifs des siècles auparavant et repeuplé par des colons païens. Malgré une nouvelle judaïsation de l’ensemble de la Galilée, dans laquelle s’inscrit la présence de Joseph et de Marie, le pays de Zabulon n’apparaissait pas comme un terreau favorable aux Temps messianiques. La Prophétie annonçait toujours la naissance d’un Messie issu de David, roi mythique de Juda. Bethléem, au sud de la ville sacrée de Jérusalem et sur les terres de la tribu de Juda, était plus conforme pour annoncer l’accomplissement de la Prophétie.

L’autel de la nativité dans la grotte à Bethléem :

La vénération de ce lieu ne commença que sous l’ère byzantine. Aujourd’hui, une étoile en argent à quatorze branche est le point focal du culte de la nativité. Elle n’est pas sans rappeler la quatorzième lignée stellaire aux origines de l’humanité actuelle et celle qui désire se faire vénérer à la place de Dieu.

Une eau “stagnante” peut-être placée en son centre pour refléter l’étoile qui aurait guidée les mages. L’emplacement où se dresse aujourd’hui l’église de la Nativité est à proximité du puits dit des mages. Ce puits n’est pas un accès à une nappe phréatique mais constitue une citerne se remplissant de l’eau de pluie. La tradition parle des trois puits de David connectés à cette citerne de Bethléem.

Du pays d’Edom à La Mecque

Les Nabatéens, un groupe de nomades arabes, commencèrent à occuper le territoire peu à peu délaissé par les Édomites. Edom était au confluent de l’Arabie et des territoires des douze tribus d’Israël. Elle fut transformée en province romaine d’Arabie, dite Arabie pétrée. Les Nabatéens se christianisèrent pour certains. D’autres commencèrent à remettre en cause le choix des Canons dans le Nouveau Testament. L’influence juive syriaque y répandit parallèlement la Prophétie des Temps messianiques car Pétra était située au carrefour des routes commerciales. Le désir d’un Messie qui mènerait une guerre sainte pour l’établissement d’un royaume terrestre et spirituel imprégna petit à petit les arabes nabatéens.

Ce désir trouva une résonance à l’autre bout de l’Arabie. Un royaume juif yéménite prêchaient aussi depuis des siècles l’avènement des Temps messianiques qui mettrait fin à la faillite spirituelle. Les Nabatéens avaient organisé d’immenses routes commerciales du Yémen à la Syrie en passant par Édom et l’Arabie.

Entre ces deux courants messianiques, celui du nord et celui du sud, les Nabatéens étaient idolâtres et polythéistes. Le monde des esprits était pour eux celui des dieux lunaires. Invisibles et puissants, ces esprits étaient vénérés. Ils furent nommer les Djinns. Les caravaniers arabes faisaient appels à eux pour trouver des points d’eau et établir des lieux de ravitaillement des caravanes. Les réserves d’eau et les pierres taillées étaient le point de connexion de ces divinités lunaires.

Le monde lunaire est celui des âmes et des esprits, situé entre le monde terrestre et l’esprit divin de l’Éternel.

La Mecque, au sud de la ville déclarée sacrée de Médine, était localisée sur les terres de cet antique royaume du Yémen. Mais c’est seulement en 632 que débuta la conquête islamique de tout le territoire yéménite sous l’impulsion d’Abou Bakr, premier calife dit rashidun ou bien-guidé. Or, c’est après l’ère des quatre califes bien guidés que s’opéra un basculement majeur. Les mosquées cessèrent d’être construites avec une orientation vers le royaume d’Edom, pour une orientation vers La Mecque. Jusqu’en 725, toutes les mosquées omeyyades dont demeurent des vestiges, pointaient vers Pétra. Celles des Abbassides visaient toutes La Mecque à partir de 750.

L’autel à l’intérieur de la Kaaba à La Mecque :

Le puits de Zamzam est à 21 mètres de la Kaaba. L’origine de son eau souterraine est aussi issue de l’infiltration des chutes de pluies dans la vallée.

Les dieux lunaires de Bethléem et de La Mecque

Le parallèle entre la configuration de ces deux lieux de culte est troublant. Si l’eau est source de vie, les puits étaient également connus comme des lieux qu’affectionnent et hantent les esprits connus sous le nom de Djinns. Ils n’aiment que les eaux stagnantes et les citernes, et fuient les rivières et les sources souterraines en mouvement.

L’image de l’eau immobile, voire croupie, n’est pas sans rappeler mon expérience de porte d’entrée des créatures de l’astral, ce plan intermédiaire entre le monde physique et les plans de Lumière :

Les lampes à huile en bronze étaient, quant à elles, des offrandes afin de s’attirer les bonnes grâces de ces Djinns, appelés également Génies.

Les Djinns seraient créés de la flamme d’un feu sans fumée.

Or elles sont placées en grand nombre au cœur de l’épicentre des prières humaines, en des lieux qui furent déclarés postérieurement lieux de naissance de Messies.

Dans la Kaaba, des lampes en bronze sont suspendues sans aucune finalité d’éclairage, entre trois piliers comme les trois types de Djinns : un type qui vole constamment dans les airs, un autre type qui prend la forme de serpents et de chiens, et un autre type qui n’est pas capable de voler et qui réside à un endroit précis ou erre ici et là. [Recueilli par at-Tabari et Al-Hakim]

Dans la grotte de la nativité, elle est aujourd’hui surchargée par la présence de ces lampes de bronze, ce que l’on ne retrouve pas dans une ancienne gravure. Les trois puits dits de David sont encore une troublante référence numérologique.

Les peuples moyen-orientaux et de la péninsule arabique avaient une connaissance réelle des êtres polymorphes qui peuplent le monde invisible tout en ayant un pouvoir d’interaction avec le monde physique des hommes. Lorsque ces esprits sont trompeurs, usurpateurs, corrupteurs et prédateurs, les noms d’Ifrite, Chaytane, Qarine, démons, diables, fantômes, succubes, incubes, archontes sont prononcés.

Le désir de Temps messianiques jaillit chaque fois que les empires sont sur le déclin, que les valeurs morales s’avilissent et que les dogmes installent le chaos dans le cœur des hommes. À chaque fois, l’homme n’en récolta qu’une nouvelle religion, dont les textes dits fondateurs ont été fixés postérieurement pour servir à organiser et entériner le résultat de cette évolution.

L’homme ne resterait-il pas inféodé au monde astral, à leurs djinns ou archontes qui soumettent insidieusement l’homme à leur culte ?
Crédit illustration : Dean Oyebo
Par Samuel sous www.leretourdesdragons.com/culte-bethleem-la-mecque/

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