Transmis par Byron Katie

Quand j’étais dans les débuts de la quarantaine, je dormais avec une arme chargée sous mon lit. J’étais devenue très déprimée durant ma trentaine, et pendant presque une décennie, je sombrais dans la paranoïa, la rage, la haine de moi, et les pensées de suicide. Je pesais alors plus de 90 kilos (je mesure 1,65m), et durant les deux dernières années, j’étais souvent incapable de quitter ma chambre.

Puis, un matin, en février 1986, sorti de nulle part, j’ai vécu une réalisation. En un instant, j’ai découvert que lorsque je croyais mes pensées stressantes, je souffrais, mais quand je les interrogeais, je ne souffrais pas. Je découvrais aussi un moyen simple de questionner mes pensées stressantes. Je l’appelais Le Travail. Je trouvais une joie en moi qui ne m’a jamais quitté depuis, pas un seul instant. Cette joie est en tout le monde, toujours.

La souffrance est facultative. La seule fois où nous souffrons c’est quand nous croyons qu’une pensée rivalise avec la réalité. Quand l’esprit est parfaitement clair, ce qui est, est ce que nous voulons.

Si vous souhaitez que la réalité soit différente de ce qu’elle est, autant essayer d’enseigner à un chat comment aboyer. Malgré tous vos efforts, vous vous retrouverez à la fin devant un chat qui vous dévisagera en faisant: « Miaou ». Vous pourrez passer le reste de votre vie à tenter de le faire, mais vouloir apprendre à un chat à japper est tout simplement futile.

Si vous prêtez attention, vous remarquerez que vous êtes constamment en train d’essayer d’enseigner aux chats comment aboyer. « Les gens devraient être plus aimables », « mes enfants devraient mieux se comporter », « mon mari (ou ma femme) devrait être d’accord avec moi », « je devrais être plus mince (ou plus jolie ou avoir plus de succès) ». Ces pensées sont des façons de vouloir que la réalité soit différente de ce qu’elle est. Si vous pensez que cela semble déprimant, vous avez raison.

De nouvelles personnes qui commencent Le Travail me disent souvent: « Mais cela m’enlèverai tout pouvoir d’arrêter d’argumenter avec la réalité. Si j’accepte tout simplement la réalité, je vais devenir passif. Je peux même perdre l’envie d’agir ». Je leur réponds par une question: « Pouvez-vous vraiment savoir ce qui est vrai? » Ce qui est le plus stimulant, « Je voudrais ne pas avoir perdu mon emploi » ou « j’ai perdu mon emploi, que puis-je faire maintenant? »

Le Travail révèle que ce que vous pensez que ce qui n’aurait dû pas se produire, aurait dû se produire. Cela aurait dû se produire parce ce que cela s’est produit, et aucune pensée dans le monde ne peut rien y changer. Cela ne signifie pas que vous le tolérez ou l’approuvez. Cela signifie simplement que vous pouvez voir les choses sans résistance et sans la confusion de votre lutte intérieure.

Personne ne veut voir ses enfants tomber malade, personne ne veut être victime d’un accident de voiture. Mais lorsque ces choses se produisent, comment peut-il être utile de remettre en question ces faits et de nous considérer comme des victimes de la réalité? Nous savons mieux que de faire cela, mais nous le faisons, parce que nous ne savons pas comment l’arrêter.

Je veux même que rien se passe, sauf ce qui se passe. Par exemple, ma mère âgée de quatre-vingt-ans, se mourait d’un cancer du pancréas. Je prenais soin d’elle, faisais la cuisine et le ménage pour elle, dormais à côté d’elle, vivais dans son appartement vingt-trois heures par jour. (Mon mari m’emmenait faire une promenade chaque matin.) C’était comme si sa respiration était le pouls de ma vie. Je la baignais, lui lavais les endroits les plus intimes, lui donnais ses médicaments, et je ressentais une telle intimité avec elle. Il n’y avait pas de séparation. C’est moi là, en train de mourir du cancer, en train de passer mes derniers jours à dormir et à regarder la télévision et de parler, médicamentée avec les plus merveilleux médicaments contre la douleur. Je suis étonnée de la beauté et les subtilités de son corps, mon corps. Et le dernier jour de sa vie, tandis que je m’asseyais à son chevet, un changement a eu lieu dans sa respiration, et je su: c’est seulement une question de minutes maintenant. Nos regards se sont croisés et quelques instants plus tard, elle était partie. Je regardais plus profondément dans ses yeux que l’esprit avait libérés, les yeux stupides, aux yeux de la non-mental, et parce que je ne crois plus à des pensées comme « La mort est une mauvaise chose » ou « je l’ai perdue », je ne ressens que de l’amour et de la gratitude pour elle. Il n’y a aucune empreinte de chagrin. Et durant les trois ans qui ont suivi sa mort, je suis toujours dans l’attente de du chagrin.

Un homme colle un pistolet dans mon estomac, actionne le chien, et dit: « je vais te tuer ». Je suis choquée qu’il prenne si sérieusement ses pensées. Ce qu’il ne comprend pas c’est que la pensée de tuer cause de la culpabilité, ce qui peut conduire à une vie de souffrance. Alors je lui demande, aussi gentiment que possible, de ne pas le faire. Je ne lui dis pas que c’est à sa souffrance que je pense. Il dit qu’il doit le faire, et je le comprends. Je me souviens que je croyais devoir faire certaines choses dans mon ancienne vie. Je le remercie de faire du mieux qu’il peut et je remarque que je suis fascinée. Est-ce la façon dont elle meurt? Est-ce la façon dont l’histoire se termine? Comme la joie continue à me combler, je trouve miraculeux que l’histoire se déroule toujours. Vous ne pouvez jamais savoir la fin, même lorsqu’elle se termine. Je suis très émue à la vue du ciel, les nuages, les arbres et le clair de lune. J’adore le fait que je ne manque pas un seul instant, pas un souffle de cette vie incroyable. J’attends. Et j’attends. Et à la fin, il ne tire pas sur la gâchette. Il ne se fait pas cela.

Byron Katie
Titre original: How I Learned To Stop Suffering
Un grand merci à Philippe pour la traduction de ce texte

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