Jiddu Krishnamurti

Extrait audio du livre : Le sens du Bonheur – Chapitre 23

https://youtu.be/zaHXdG_jvJ8

23. La nécessité d’être seul

N’est-il pas très étrange de constater que, dans ce monde, où il y a tant de distractions, tant d’amusements, nous soyons presque tous spectateurs, et si rarement acteurs? Chaque fois que nous avons quelque temps libre, nous sommes pour la plupart en quête d’une forme de divertissement. Nous choisissons un livre sérieux, un roman ou un magazine. En Amérique nous allumons la radio ou la télévision, ou nous nous livrons à d’incessants bavardages. Nous exigeons sans cesse d’être divertis, amusés, arrachés à nous-mêmes. Nous avons peur d’être seuls, peur d’être privés de compagnie, privés de distractions d’une espèce ou d’une autre. Nous ne sommes que très peu à aller nous promener dans les champs, sans parler ni chanter des chansons, sans rien faire d’autre que marcher tranquillement et observer les choses autour de nous et en nous. C’est une chose que nous ne faisons pratiquement jamais, car en général nous nous ennuyons énormément ; nous sommes pris dans le train-train de l’enseignement ou de l’étude, des tâches ménagères ou du travail, et dans nos moments de liberté nous cherchons à nous distraire, de manière sérieuse ou légère. Nous lisons ou nous allons au cinéma – ou nous nous tournons vers la religion ce qui revient au même. La religion est devenue, elle aussi, une forme de distraction, une façon d’échapper à l’ennui, à la routine.

J’ignore si vous avez remarqué tout cela. La plupart des gens sont constamment occupés – à effectuer leur puja rituelle, à répéter certains mots, à s’inquiéter de ceci ou cela – parce qu’ils ont peur de se retrouver seuls face à eux-mêmes. Essayez donc de rester seuls, sans aucune forme de distraction, et vous verrez que, » très vite, vous avez envie de vous éloigner de vous-mêmes et d’oublier ce que vous êtes. Cela explique l’importance majeure qu’ont prise, dans ce que nous appelons la civilisation, ces énormes structures spécialisées dans le divertissement professionnel, la distraction standardisée. Si vous êtes observateurs, vous remarquerez que de plus en plus de gens dans le monde deviennent de plus en plus distraits, de plus en plus sophistiqués et matérialistes. La multiplication des plaisirs, la publication d’innombrables ouvrages, les journaux et leurs pleines pages d’événements sportifs – tout cela est la preuve évidente que nous voulons être constamment divertis. Parce que, intérieurement, nous sommes vides, ternes, médiocres, nous utilisons nos relations et nos réformes sociales comme moyen d’échapper à nous-mêmes. Avez-vous jamais remarqué à quel point la plupart des gens sont seuls? Et pour échapper à la solitude nous courons au temple, à l’église, à la mosquée, nous nous habillons, nous prenons part à des mondanités, nous regardons la télévision, nous écoutons la radio, nous lisons et ainsi de suite.

La solitude, savez-vous ce que c’est? Pour certains d entre vous, le terme n’est peut-être pas très familier, mais le sentiment, lui, vous le connaissez très bien. Essayez d’aller vous promener tout seuls, ou de rester sans rien à lire, sans personne à qui parler, et vous verrez comme l’ennui vient vite. C’est un sentiment qui vous est familier, mais vous ne savez pas pourquoi vous vous ennuyez, vous n’avez jamais cherché à le savoir. Si vous explorez un peu la question, vous verrez que la cause de l’ennui n’est autre que la solitude. C’est pour échapper à la solitude que nous voulons être ensemble, être divertis, avoir des distractions en tout genre: gourous, cérémonies religieuses, prières, ou le dernier roman paru. Étant intérieurement seuls, nous devenons de simples spectateurs de la vie ; et nous ne pouvons devenir acteurs que si nous comprenons la solitude, et la dépassons.

En définitive, la plupart des gens se marient et sont en quête d’autres relations sociales parce qu’ils ne savent pas vivre seuls. Non qu’il faille obligatoirement vivre seul ; mais si vous vous mariez parce que vous voulez être aimés, ou si vous vous ennuyez, et que votre travail est pour vous un moyen de vous oublier, vous vous apercevrez alors que toute votre vie n’est qu’une quête de distractions sans fin. Très peu réussissent à transcender cette formidable peur de la solitude ; pourtant il le faut car le véritable trésor se trouve au-delà.

Il y a une immense différence entre le sentiment de solitude et la solitude en tant que fait. Certains des plus jeunes élèves ignorent peut-être encore le sentiment de solitude, mais les personnes plus âgées le connaissent, ce sentiment d’être complètement coupé de tout, ou d’avoir peur, soudain, sans cause apparente. L’esprit connaît cette peur lorsque, l’espace d’un instant, il se rend compte qu’il ne peut compter sur rien, qu’aucune distraction ne peut lui ôter cette sensation de vide qui vous enferme en vous-mêmes. C’est cela, le sentiment de solitude. Mais la solitude assumée est tout autre chose: c’est un état de liberté qui naît lorsqu’on a traversé le sentiment de solitude et qu’on le comprend. Dans cet état de solitude assumée, vous ne comptez plus sur personne au plan psychologique, vous n’êtes plus en quête de plaisir, de réconfort, de gratification. C’est seulement alors que l’esprit est complètement seul, et nul autre que cet esprit-là n’est créatif.

Faire face aux affres de la solitude, à cet extraordinaire sentiment de vacuité que nous connaissons tous, et, quand il survient, ne pas avoir peur, ne pas allumer la radio ni se noyer dans le travail ou courir au cinéma, mais regarder la solitude en face, l’explorer, la comprendre: tout cela fait partie de l’éducation. Aucun être humain n’a jamais échappé ni n’échappera jamais à cette angoisse qui fait frémir. C’est parce que nous essayons de la fuir au travers des distractions et des gratifications de tous ordres – le sexe, Dieu, le travail, l’alcool, l’écriture poétique ou la répétition de certains mots appris par cœur – que nous ne comprenons jamais cette angoisse lorsqu’elle s’abat sur nous.

Alors, quand la douleur de la solitude vous assaille, affrontez-la, sans songer le moins du monde à la fuir. Si vous fuyez, jamais vous ne la comprendrez, et elle sera toujours là à vous attendre au tournant. Alors que si vous comprenez la solitude et allez au-delà, vous vous apercevrez que vous n’avez plus besoin de fuir, plus besoin d’être gratifiés ni divertis, car votre esprit connaîtra une richesse que saurait corrompre ni détruire.

Tout ceci fait partie de l’éducation. Si à l’école vous ne faites qu’étudier dans le but de réussir aux examens, l’étude elle-même devient un moyen de fuir la solitude. Réfléchissez-y un peu et vous verrez. Parlez-en avec vos éducateurs et vous découvrirez très vite à quel point ils sont seuls, et à quel point vous l’êtes. Mais ceux qui savent être intérieurement seuls, ceux dont l’esprit et le cœur sont libérés de la douleur de la solitude – ceux-là sont de véritables personnes, car ils sont capables de découvrir par eux-mêmes ce qu’est la réalité, ils sont en mesure de recevoir cette chose qui est éternelle.

Question: Quelle différence y a-t-il entre conscience et sensibilité?

Krishnamurti: Je me demande s’il y en a une. Quand vous posez une question, ce qui compte c’est de trouver vous-même la vérité sur la question, et pas simplement d’admettre ce qu’en dit un autre. Cherchons donc ensemble à savoir ce qu’est être pleinement conscient.

Vous voyez un bel arbre au feuillage luisant après la pluie, vous voyez le soleil luire sur l’eau et sur le plumage teinté de gris des oiseaux ; vous voyez les villageois en route vers la ville, portant de lourdes charges, et vous entendez leurs rires, et les aboiements des chiens, ou le meuglement d’un veau qui appelle sa mère. Tout cela fait partie de la conscience, la conscience que vous avez de tout ce qui vous entoure – nous sommes bien d’accord? En regardant de plus près, vous remarquez votre relation aux gens, aux idées et aux choses ; vous êtes conscient de la manière dont vous considérez la maison, la route ; vous observez vos réactions face à ce que vous disent les autres, et la façon dont votre esprit ne cesse d’évaluer, de juger, de comparer ou de condamner. Tout cela fait partie de la conscience, qui commence dès la surface pour descendre de plus en plus profond ; mais pour la plupart d’entre nous, elle s’arrête à un certain point. Nous captons les bruits, les chansons, les spectacles, beaux ou laids, mais nous ne sommes pas conscients de notre réaction face à eux. Nous disons: « C’est beau » ou: « C’est laid » et nous passons à autre chose, sans chercher à savoir ce qu’est la beauté, ce qu’est la laideur. Or, de toute évidence, le fait de voir quelles sont vos réactions, afin d’être de plus en plus attentif à chacun des mouvements de votre pensée, et de constater que votre esprit est conditionné par l’influence de vos parents, de vos professeurs, de votre race et de votre culture – tout cela fait partie de la pleine conscience.

Plus l’esprit explore en profondeur ses propres processus mentaux, plus il voit nettement que toute forme de pensée est conditionnée, le résultat étant que l’esprit devient spontanément immobile et silencieux – ce qui ne veut pas dire endormi. Au contraire, l’esprit est alors extraordinairement vif, n’étant plus drogué par des mantras, par la répétition de mots, ou moulé par la discipline. Cet état de vigilance silencieuse fait aussi partie de la pleine conscience ; et en approfondissant encore, vous découvrirez qu’il n’y a pas de division entre celui qui est conscient et l’objet dont il prend conscience.

Et que signifie être sensible? Savoir discerner la couleur et la forme, ce que disent les gens et votre réaction à leurs propos, être attentionné, avoir bon goût, de bonnes manières, ne pas être brutal, ne pas faire de mal aux autres physiquement ou moralement sans même s’en rendre compte ; écouter si possible sans ennui tout ce qui est dit, afin d’avoir l’esprit pénétrant et perspicace – c’est tout cela, la sensibilité, n’est-ce pas? Y a-t-il donc une telle différence entre la sensibilité et la conscience? Je ne le pense pas.

Tant que votre esprit ne cesse de condamner, de juger, de se forger des opinions, de tirer des conclusions, il n’est m conscient ni sensible. Quand vous êtes grossier envers les autres, quand vous cueillez des fleurs pour les jeter ensuite, quand vous maltraitez les animaux, quand vous gravez votre nom au canif sur les meubles ou que vous cassez le pied d’une chaise, quand vous n’êtes pas ponctuel aux repas, et que vous avez de mauvaises manières en général, tout cela indique un manque de sensibilité, ne croyez-vous pas? C’est le signe d’un esprit incapable d’adaptation vigilante. Et c’est sans nul doute un des rôles de l’éducation que d’aider l’élève à être sensible, de sorte qu’il ne se contente pas de se conformer ou de résister, mais qu’il soit attentif au mouvement global de la vie. Les gens sensibles souffrent peut-être plus que ceux qui sont insensibles, mais s’ils comprennent, et vont au-delà de leur souffrance, ils découvriront des choses extraordinaires.

Question: Pourquoi rions-nous quand quelqu’un trébuche et tombe?

Krishnamurti: C’est une forme d’insensibilité, n’est-ce pas? Et le sadisme, cela existe aussi. Savez-vous ce que signifie ce mot? Le marquis de Sade, qui était écrivain, a un jour parlé dans un de ses livres d’un homme qui prenait plaisir à faire du mal aux autres, et à les voir souffrir. C’est de là que vient le terme de « sadisme », qui désigne la jouissance que l’on ressent à voir souffrir autrui. Certains éprouvent une satisfaction particulière à voir souffrir les autres. Observez-vous et voyez si vous partagez ce sentiment. Il n’est pas forcément évident, mais s’il est présent en vous, vous vous apercevrez qu’il s’exprime par une irrépressible envie de rire en voyant tomber quelqu’un. Vous avez envie de voir chuter ceux qui ont une position élevée, vous critiquez, vous cancanez sans discernement sur le dos des autres, et tout cela est l’expression d’un manque de sensibilité, d’une espèce de désir de faire mal à autrui. On peut blesser autrui de propos délibéré, par vengeance, ou bien le faire inconsciemment, d’un mot, d’un geste ; mais dans un cas comme dans l’autre, la pulsion profonde est de faire mal à l’autre, et rares sont ceux qui échappent tout à fait à cette forme pervertie de plaisir.

Question: L un de nos professeurs affirme que ce que vous nous dites est très difficile à mettre en pratique. Il vous met au défi d’élever six garçons et six filles avec un salaire de cent vingt roupies. Que répondez-vous à cette critique?

Krishnamurti: Tout d’abord, si je ne disposais que d’un salaire de cent vingt roupies, je ne me risquerais certainement pas à avoir six garçons et six filles à élever. Ensuite, si j’étais professeur, ce serait pour moi une vocation et pas un simple travail. Voyez-vous la différence? Enseigner, à quelque niveau que ce soit, n’est pas un simple métier, un simple travail: c’est une vocation. Comprenez-vous le sens du terme « vocation »? C’est le fait de se vouer, de se consacrer entièrement à une chose donnée, sans rien exiger en retour ; c’est être comme un moine, un ermite, comme les grands Maîtres et les grands savants – pas comme ceux qui passent quelques examens puis se targuent d’être professeurs. Je parle de ceux qui se sont consacrés à l’enseignement pas pour de l’argent, mais parce que c’est leur vocation, c’est ce qu’ils aiment par-dessus tout. A supposer que de tels enseignants existent, ils s’apercevront qu’on peut enseigner aux garçons et aux filles tout ce dont je parle, et que ces choses sont tout à fait possibles à mettre en pratique. Mais le professeur, l’éducateur pour qui enseigner n’est qu’un gagne-pain – c’est lui qui vous dira que tout cela est malaisé à mettre en pratique.

Qu’est-ce qui l’est, en définitive? Réfléchissez-y. Notre mode de vie actuel, notre mode d’enseignement, le mode de fonctionnement de nos gouvernements, avec leur corruption et leurs guerres incessantes – selon vous, c’est cela qui est facile à mettre en pratique? Faut-il pratiquer l’ambition, l’avidité? Une société fondée sur l’avidité et l’ambition porte toujours en elle le spectre de la guerre, du conflit, de la souffrance: faut-il les mettre en pratique? Bien sûr que non. Et c’est ce que j’essaie de vous dire au cours de ces causeries.

L’amour est la chose au monde la plus aisée à mettre en pratique. Aimer, être bon, ne pas être avide ni ambitieux, ne pas se laisser influencer mais penser par soi-même -toutes ces choses relèvent du sens pratique, et susciteront une société heureuse, pleine de bon sens. Mais le professeur qui n’est pas dévoué, qui n’aime pas, qui fait étalage de ses diplômes mais n’est qu’un simple pourvoyeur d’informations glanées dans des livres – lui vous dira que tout cela n’est pas aisé à mettre en pratique, parce qu’il n’y a pas vraiment réfléchi. Aimer, c’est avoir beaucoup plus de sens pratique que ce système éducatif stupide qui fabrique des citoyens totalement inaptes à se débrouiller seuls et à réfléchir seuls au moindre problème.

Tenez, à propos, cela fait partie de la pleine conscience que de garder son sérieux tout en notant que certains pouffent là-bas dans le coin.

L’ennui, avec la plupart des adultes, c’est qu’ils n’ont pas résolu la problématique de leur propre existence, ce qui ne les empêche pas de vous déclarer: « Je vais vous dire ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. » L’enseignement est la plus haute vocation qui soit, bien qu’actuellement elle soit la plus méprisée: c’est la plus élevée, la plus noble de toutes. Mais le professeur doit être dévoué corps et âme, il doit mettre tout son esprit, tout son cœur, tout son être au service de sa mission, et ce dévouement rend les choses possibles.

Question: À quoi sert l’éducation si, en même temps qu’on nous éduque, on est parallèlement détruit par la profusion de luxe du monde moderne?

Krishnamurti: Je crains que vous n’utilisiez des termes erronés. Un certain confort nous est nécessaire, ne croyez-vous pas? Quand on est tranquillement assis dans une pièce, autant qu’elle soit propre et bien rangée, même si elle n’a pour tout mobilier qu’une simple natte, autant qu’elle ait aussi de bonnes proportions et des fenêtres de bonne taille. S’il y a un tableau dans la pièce, qu’il représente quelque chose de beau, et s’il y a une fleur dans un vase, qu’elle reflète l’esprit de la personne qui l’a placée là. On a aussi besoin d’une bonne nourriture et d’un endroit tranquille pour dormir. Tout cela fait partie du confort qu’offre le monde moderne: ce confort détruit-il l’homme soi-disant éduqué? N’est-ce pas plutôt cet homme soi-disant éduqué qui, par son ambition et son avidité, est en train de réduire à néant le confort de base dû à chaque être humain? Dans les pays prospères, l’éducation moderne rend les gens de plus en plus matérialistes, et le luxe sous toutes ses formes pervertit l’esprit et le détruit. Et dans les pays pauvres, comme l’Inde, l’éducation ne vous incite pas à créer un type de culture radicalement nouveau, elle ne vous encourage pas à être un révolutionnaire – bien sûr, pas un de ceux qui assassinent et qui lancent des bombes, car ceux-là ne sont pas de vrais révolutionnaires. Un vrai révolutionnaire est celui qui est libéré des influences, des idéologies, et des implications sociales qui sont l’expression de la volonté collective du plus grand nombre. Et votre éducation ne vous aide pas à devenir un révolutionnaire de cette espèce. Au contraire, elle vous apprend à vous conformer, ou simplement à réformer ce qui est déjà en place. C’est donc votre prétendue éducation qui vous détruit, pas le luxe prodigué par le monde moderne. Pourquoi n’auriez-vous pas des voitures et de bonnes routes? Mais en fait, toutes les techniques et les inventions modernes sont utilisées à des fins guerrières ou à des fins de simple amusement, comme un moyen d’échapper à soi-même, c’est ainsi que l’esprit perd le nord au milieu des gadgets. L’éducation moderne, c’est la culture des gadgets, des appareils ou des machines, qui vous aident à cuisiner, à nettoyer, à repasser, à calculer et à effectuer diverses autres tâches essentielles, afin de vous en libérer l’esprit. Et vous y avez droit – il ne s’agit pas de vous perdre dans cet univers de gadgets, mais de vous libérer l’esprit pour pouvoir faire des choses tout à fait différentes.

Question: J’ai la peau très noire, et la plupart des gens admirent les peaux claires. Comment faire pour gagner leur admiration?

Krishnamurti: Je crois qu’il existe des cosmétiques censés éclaircir le teint, mais cela résoudra-t-il votre problème? Vous aurez toujours envie d’être admiré, d’être en vue sur le plan social, vous serez toujours en quête de prestige, de réussite ; et cette soif d’admiration, cette lutte pour la première place portent en elles l’aiguillon de la souffrance. Tant que vous aurez envie d’être admiré, d’être important, votre éducation va vous détruire, parce qu’elle vous aidera à devenir quelqu’un dans cette société, et cette société est assez pourrie. C’est sur la base de notre avidité, de notre envie, de notre peur que nous avons bâti cette société destructrice, et ce n’est pas en ignorant les faits ou en les qualifiant d’illusoires que nous allons la transformer. Seule une éducation authentique éradiquera l’avidité, la peur, l’instinct de possession, de sorte que l’on puisse bâtir une culture radicalement nouvelle, un monde tout à fait différent. Et cette éducation n’est possible que lorsque l’esprit est réellement désireux de se comprendre et de se libérer de la souffrance.

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