Enquête et Débat a beaucoup parlé de bonheur ces derniers temps. Sujet important s’il en est ! Sujet que Christophe André aborde avec compétence, gentillesse et simplicité. L’estime de soi est inhérente à la nature humaine. Sans estime de soi, pas de bonheur possible….

« Tout d’abord parce que l’estime de soi est indissociable de la conscience de soi. Nous sommes dotés de la capacité de réfléchir sur nous, de nous observer en train d’agir. Cette « conscience de soi réflexive » est une chance extraordinaire offerte à notre espèce : elle permet d’avoir du recul sur soi, de s’observer, de s’analyser, donc de se changer, de s’adapter, de s’améliorer.

Mais elle peut aussi servir à se détester, se mépriser, se critiquer. À se rendre la vie impossible et inconfortable. Et stérile parfois, car ces agressions vis-à-vis de soi peuvent paralyser toute forme d’action.

Ensuite, parce que l’estime de soi est liée à notre statut d’animal social. En tant qu’humains, nous sommes condamnés à une existence en groupe, car notre survie ne peut se concevoir qu’au milieu de nos semblables, dans un rapport plus ou moins étroit à eux. Et donc dans le souci, parfois l’appréhension, de ce qu’ils pensent et ressentent vis-à-vis de nous.

Nous sommes naturellement dotés d’un « sens de l’autre » afin de pouvoir, au moins assez grossièrement, décoder ses besoins : pouvoir supposer, imaginer, ce que pense autrui est une chance. Cela nous permet de voir que nous sommes acceptés et de nous adapter si nous ne le sommes pas.

C’est aussi une malchance parfois, si cette fonction de détection devient fonction d’imagination : on se met à supposer plus qu’à observer, à redouter plus qu’à attendre de voir ce qui se passe. « On finit par ne plus voir en l’autre qu’un regard intrusif et un jugement sévère. A redouter le rejet au lieu de susciter l’acceptation. A craindre l’échec au lieu de chercher la réussite. »

Et je vois trop de jeunes enseignants malheureux de « se savoir » incapables d’arriver aux résultats demandés par l’inspection, incapables d’obtenir la discipline dans une classe surpeuplée, incapables…. Nous sommes tous incapables de réaliser l’impossible, nous devons tous arriver à des compromis qui nous laissent le temps de vivre et l’occasion d’être heureux. Seul un prof heureux d’être prof peut rendre ses élèves heureux d’être élèves ! Seule une infirmière heureuse d’être infirmière peut donner un vrai réconfort à ses malades….



La vraie estime de soi, c’est savoir s’accepter tel qu’on est parmi les autres, accepter de rire de ses faiblesses tout en travaillant à s’améliorer… et ce travail prend toute une vie ! Celui qui ne se prend pas trop au sérieux, qui résiste à la tentation de se comparer aux autres, qui ne s’appesantit pas sur ce qui ne peut être changé, qui sait donner, pardonner, rigoler, se consacrer à une action intéressante… a toutes les chances d’être heureux. L’estime de soi c’est donc bien savoir qu’on n’est pas grand’ chose et ne pas en faire tout un plat parce qu’on se sent à l’aise… imparfait, libre et heureux!

Évidemment plus facile à dire qu’à faire et, même, qu’à comprendre. Ainsi, la personne à piètre estime de soi à qui on suggérera de se prendre un peu moins au sérieux, risque fort de répondre : « Justement, je ne fais que ça, je m’écrase, je me fais petit, je la boucle… et je me sens de plus en plus mal ! » Cette personne qui « se fait » petite a une mauvaise image globale d’elle-même, elle n’accepte pas ses imperfections… qu’elle accepterait si elle se prenait moins au sérieux…

« Ne pas se prendre au sérieux, c’est s’accepter tel qu’on est, reconnaître que les choses sont comme elles sont et non comme on voudrait qu’elles soient. « On se change mieux en s’acceptant. »

« Pour progresser, il faut se reconnaître et s’accepter imparfait. Pas coupable, pas minable, mais imparfait ! » Rien de plus difficile, soyons réalistes, et « surtout, à l’opposé total des réflexes qui, depuis tant d’années, nous incitent à feindre d’être plus beau, plus efficace, plus intelligent que nous ne sommes. ». « Le but de l’acceptation des faits n’est pas de renoncer à l’action, mais, au contraire, d’agir au mieux. »

« La non-acceptation de soi est rigide. Moins vous acceptez vos limites, plus vous en êtes prisonnier ! ». « L’attitude d’acceptation repose d’une part sur le respect de soi : être convaincu de sa valeur en tant qu’être humain, être convaincu que ses imperfections ne condamnent pas une personne et que sa valeur réside au-delà de l’existence de ses faiblesses.

Elle repose d’autre part sur le pragmatisme : de toute manière, à quoi servent la colère ou la tristesse envers ce qui ne va pas chez moi ? A me faire plus de mal encore ? A me figer dans la plainte et la réactivité épidermique ? Dans ces « vaines révoltes » dont parle Marc-Aurèle : « Ce concombre est amer ; jette-le. Il y a des ronces dans le chemin ; évite-les. Cela suffit. N’ajoute pas : « Pourquoi cela existe-t-il dans le monde? »

Comment arriver à changer en pratique ? Christophe André donne des domaines dans lesquels un travail est nécessaire, il montre que ce travail est possible et peut même être amusant (mais
oui !). Un exemple typique est la gentillesse : les personnes qui s’estiment peu se croient souvent « trop gentilles ».

La réponse est toute simple : on n’est jamais trop gentil – l’attention bienveillante à autrui nous rend heureux – et « le problème n’est donc pas d’être trop gentil, il est de ne pas être assez affirmé par ailleurs. Il ne faut pas être que gentil. Il faut aussi ajouter à son répertoire la capacité de dire « Non » ! »


Alors, un petit exercice ? Dites « Non » – « Non, je ne veux pas » ou « Non, je ne suis pas d’accord » – la prochaine fois qu’on vous heurtera. L’étonnement de votre interlocuteur vous amusera. Et faites plaisir quand cela vous fait aussi plaisir, quand c’est vraiment possible et tout le monde se sentira bien. Rien de plus communicatif que la sensation « je me sens à l’aise » ! (Cela est même prouvé par de récentes études statistiques).

N’oublions surtout pas que l’être humain est avant tout un être social qui aime « bien » vivre avec les autres, sans conflits inutiles ! Cela est encore plus vrai pour un enseignant que pour Monsieur ou Madame n’importe qui et c’est la raison pour laquelle ce livre rencontre un succès réel auprès d’enseignants qui se demandent comment arriver à concilier intérêt des élèves et intérêt personnel, comment être à l’aise dans un monde qui nous demande la perfection – nous profs bien imparfaits – et qui nous « offre » critiques, plaintes quand ce n’est pas révolte en classe ou avocat à la fin de l’année !

Nous voulons être heureux ? Au travail comme ailleurs ? Réfléchissons à cette petite phrase de Thucidyde (471 – 400 av.JC) : « Le secret du bonheur est la liberté et le secret de la liberté est le courage. » Vous me direz : « Quel rapport avec ce livre ? » et la réponse est toute simple : il faut un sacré courage pour admettre qu’on n’est pas important, qu’on est imparfait… et ensuite la sensation de liberté est immense, bienfaisante !

Et je terminerai ce petit digest par une citation de l’empereur Marc-Aurèle : « Tout homme qui fait une injustice est impie. En effet, la nature universelle ayant créé les hommes les uns pour les autres, afin qu’ils se donnent des secours mutuels, celui qui viole cette loi commet une impiété envers la divinité la plus ancienne : car la nature universelle est la mère de tous les êtres, et par conséquent tous les êtres ont une liaison naturelle entre eux. » Marc-Aurèle parle comme Dostoïevski 17 siècles plus tard, comme tous ceux qui estiment que la vie est déjà assez pénible et que « la liaison naturelle entre êtres humains » doit alléger le poids de cette vie au lieu de l’alourdir.

Et une citation d’un philosophe moderne, André Comte-Sponville : « L’homme humble ne se croit – ou ne se veut – pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire – ou de se vouloir – supérieur. » Cet « homme humble » se sent bien, il est sûr de lui, il a une bonne estime de soi puisqu’il n’a rien à prouver et il voit sa ressemblance avec les autres plus que sa différence. Ressemblance qui l’incite à agir au lieu de s’appesantir sur des problèmes trop personnels pour être importants.

Mia Vossen dans http://www.enquete-debat.fr/

Christophe André Imparfaits, libres et heureux, Odile Jacob, 2006

https://tarotpsychologique.wordpress.com/

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