Parmi les livres sacrés de l’Ancien Testament, le SHIR HA-SHIRIM ou Cantique des Cantiques de Salomon, fils de David, est, entre tous, sacré.

Le Cantique des Cantiques est chanté chaque semaine pour la réception du Shabbat.

Les Juifs orthodoxes ont, avec juste raison du reste, une si grande vénération pour cette partie de la Bible, par eux nommée Qadosh ha qadoshim ou Saint des Saints, qu’ils en interdisent la lecture à toute personne âgée de moins de trente ans.

Ce respect n’est pas inutile, ici nous le déclarons, car ce livre renferme, scellés sous un quadruple voile, les plus importants mystères qu’il y eût jamais.

C’est, par excellence, le livre des RAPPORTS ou de l’AMOUR

1 – RABBI ISSA’CHAR BAER

COMMENTAIRE SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES

INTRODUCTION

Parmi les livres sacrés de l’Ancien Testament, le SHIR HA-SHIRIM ou Cantique des Cantiques de Salomon, fils de David, est, entre tous, sacré. Les Juifs orthodoxes ont, avec juste raison du reste, une si grande vénération pour cette partie de la Bible, par eux nommée Qadosh ha qadoshim ou Saint des Saints, qu’ils en interdisent la lecture à toute personne âgée de moins de trente ans.

Ce respect n’est pas inutile, ici nous le déclarons, car ce livre renferme, scellés sous un quadruple voile, les plus importants mystères qu’il y eût jamais.

C’est, par excellence, le livre des RAPPORTS ou de l’AMOUR, et « celui qui lit un verset du Cantique des cantiques et le considère comme un chant (érotique), amène le malheur sur le monde ».

Tel est, en effet, le décret immuable que porte sur les imprudents le vieux livre du Talmud, dans le traité de Sanhédrin, page 101, et qui eût dû faire réfléchir les Renan et autres érudits superficiels et analystes de certaines écoles allemandes.

Il était également interdit de porter sur le voile qui couvrait ces profonds mystères une main profanatrice, et ce n’est pas en vain que le Saints d’Israël profère l’anathème sur les audacieux qui en parlent plus ou moins ouvertement. Le savant qabbaliste Eliphas Lévi a même judicieusement constaté qu’une horrible maladie fit son apparition en Europe peu après la téméraire publication des Dialoghi d’Amore.

Cet ouvrage, dû à la plume du célèbre Juif converti Jehûdah Abrabanel plus connu sous le nom de Léon l’Hébreu, est, avec le fameux Banquet de Platon, ce que la tradition occidentale nous offre de plus pur et de plus orthodoxe, en dehors bien entendu du Cantique des Cantiques – sur la nature et l’essence de l’AMOUR.

Il ne manque certes pas d’autres ouvrages sur ce sujet, et même on peut dire qu’il n’est point de livre qui n’y touche quelque peu, tant est universelle l’influence de l’amour ; mais ils en considèrent plutôt les manifestations ou les effets, ce qui, d’ailleurs, n’est pas moins dangereux à certains points de vue.

Ici se place une question fort naturelle : Qu’est-ce donc l’AMOUR ?

Nous allons tâcher de l’expliquer de notre mieux, toutefois en réservant ce qu’il n’est point permis de dévoiler.

Voici la réponse que fit à Socrate l’interrogeant, la belle étrangère de Mantinée, la très mystérieuse Diotime :

« L’AMOUR naquit de la copulation de POROS (la plénitude) et de PENIA (la vacuité) ».

Et nous ajoutons ; libre et spontané, l’amour est le lien subtil et mutuel qui unit toutes choses ; c’est le point de transition entre le possible elle virtuel, entre le virtuel et le réel, entre le latent et le patent. C’est ce qui porte les êtres vers l’objet de leur désir, les pousse à s’unir à lui et à le conquérir, pour en faire leur sujet. C’est ainsi qu’éternellement, par la force de l’amour, l’univers inférieur objectif, objet de notre convoitise, puis l’univers supérieur, but de notre désir, sont conquis par l’homme, et deviennent, pour lui, subjectifs.

Mais toujours l’homme aura au-dessus de lui un plan objectif qu’il devra sans cesse s’assimiler, sous peine de voir s’arrêter le progrès éternel. Ici-bas, notre marche est suivant une spirale concentrique ; mais quand l’individu aura atteint, par le renoncement et l’épreuve, le centre de cette spirale, il s’élancera alors en ligne droite vers l’éternelle et infinie BEAUTÉ, qui resplendit au cœur de la sphère de l’ABSOLU.

L’amour résout l’antinomie entre le MOI et le NON MOI.

Au dernier jour, nous serons jugés au poids de notre amour, car « à l’exaltation du cœur se reconnaît toute nature prédestinée. » Les jets de force vitale qui, en vertu de la puissance d’être, s’échappent incessamment de l’ineffable source de tout ce qui est, se sublimant ou s’épaississant, constituent le cerveau ou le ventre, la terre ou les cieux, devront être ramenés à l’Unité primordiale qui les émana de son sein. Ce double mouvement s’effectue par l’amour.

L’être doit dissoudre le fixe et coaguler le volatil, puis entrecroiser à angles droits les produits obtenus afin de réaliser en lui-même le MYSTERIUM MAGNUM. C’est là le Grand Œuvre, la chose indispensable que Jésus de Nazareth indique d’une parole : « l’unique nécessaire… »

Les Hébreux, on le sait, et Fabre d’Olivet péremptoirement le démontra, construisaient leurs livres sacrés suivant une méthode spéciale, destinée à empêcher toute profanation des mystères qu’ils y celaient. Ce n’était que dans l’intérieur du sanctuaire que, progressivement, les Maîtres enseignaient aux disciples élus les quatre sens distincts que présentent les textes saints.

Le sens le plus inférieur, le seul connu des profanes, se nommait Pashût. C’est le sens littéral, l’écorce la plus matérielle et la plus extérieure, que nous donnent certains théologiens assez ignorants.

La deuxième signification, nommée Remmez est une simple allégorie. C’est celle que donne la plupart du temps Fabre d’Olivet dans sa traduction des dix premiers chapitres de la Genèse ; c’est aussi celle qu’on enseigne aux initiables du premier degré.

Le troisième sens est le Derâsh ou symbolisme supérieur, qu’on communique seulement aux adeptes supérieurs, et sous le sceau d’un serment terrible.

Enfin le Sôd ou secret suprême, l’anagogie, est indicible. Il ne peut se concevoir intégralement que par l’extase. Et les rabbins initiés à ce redoutable mystère n’en ont jamais soufflé mot. La tradition cite pourtant le nom de quelques téméraires qui, pour avoir seulement tenté de raconter ce qu’ils avaient vu, périrent sur le champ sans avoir pu divulguer la moindre chose, ou subirent un châtiment affreux.

Les initiales de ces quatre mots hébreux forment, réunies, le mot Pardès – qu’on traduit généralement par : Paradis.

Avec le Notariqôn et la Guématria, les douze lettres de ces quatre mots produisent un grand nombre de combinaisons fort ingénieuses, calculs que nous nous contentons d’indiquer à la sagacité du lecteur.

Néanmoins nous pouvons dire que ces quatre sens ou degrés correspondent aux quatre lettres du Tétragramme ineffable, aux quatre sphères du monde : Asiah, Yetzirah, Briah et Atzilûth, ainsi qu’aux quatre points cardinaux, comme l’indique Ezéchiel aux derniers chapitres de ses visions. Il y a encore une multitude d’analogies.

Le Cantique des Cantiques ne fait pas exception à cette règle, et présente quatre significations bien distinctes :

Au premier degré, le seul apparent aux yeux d’argile, il s’agit de l’amour matériel de l’homme et de la femme, et le grand nombre n’y voit pas autre chose.

La seconde signification, dont le Christianisme a laissé transpirer quelque chose, est l’union du quatrième principe et du cinquième dans l’homme, c’est-à-dire l’union de Jésus-Christ et de l’Église. On lira avec fruit à ce sujet l’Ornement des Noces Spirituelles de Ruysbroeck, si justement surnommé l’Admirable.

Le troisième sens énonce la relation directe des deux Sephiroth Binah et Hokhmah, l’Intelligence et la Sagesse.

Enfin le Sôd, le quatrième degré, explique le mystère de la circumincession, c’est-à-dire, le rapport réciproque du Père et du Fils, leur baiser mutuel, leur ineffable et éternelle conversation, le Saint-Esprit, qui procède de l’un et de l’autre. Voici ce que dit à ce sujet sainte Jeanne de Matel :

« Ce plaisir (le Saint-Esprit) est un amour réciproque que le Père et le Fils produisent par voie de spiration active, c’est un amour très ardent. Et cet amour spiré anime le Père et le Fils, les liant, les baisant, les unissant, les concentrant et étant concentré en eux sans oppression. »

Il faut bien retenir ceci : Toute chose est passive relativement à ce qui la produit, active par rapport à ce qu’elle produit.

Dieu seul est actif en soi et par rapport à tous les êtres, tant émanés, qu’engendrés ou créés, puisqu’il n’est ni émané, ni engendré, ni créé.

La Shékhinah est passive relativement à Dieu, et active vis-à-vis de l’Humanité, laquelle est elle-même active par rapport à la Nature inférieure, qui est passive en soi, puisqu’il n’y a rien au-dessous d’elle.

Chez l’homme aussi, l’esprit est mâle, relativement à l’âme, et dans toutes les subdivisions des êtres, il y a toujours un principe actif vis-à-vis d’un principe féminin ; leur harmonie, c’est l’amour qui les réunit.

Dans la Trinité chrétienne, où les trois personnes sont considérées comme toutes trois actives, parce qu’on ne peut rien concevoir de passif dans la divinité, le Fils est pourtant passif par rapport au Père, puisqu’il est écrit : « Je fais la volonté de mon Père » ; et l’Esprit-Saint, qui est leur don d’amour, leur baiser mutuel, est féminin vis-à-vis des deux autres termes, ainsi que le démontre la langue hébraïque qui le nomme du nom féminin רוח.

Ce qui précède est destiné à aider à la compréhension du sens alchimique du Cantique des Cantiques, qui décrit dans l’ordre suivant les opérations du GRAND ŒUVRE :

Le subjectum, ch. l, v. 5.
Le lilium artis, ch. l, v. 6.
La préparation et la purification, ch. II, v.4.
Le feu, ch. II, v. 7, et ch. IV, v. 16.
La putréfaction, ch. III, v. 1.
La sublimation et la distillation, ch. III, v. 6.
La coagulation et le changement de couleur, ch. V, v. 9 à v. 14.
La fixation, ch. II, v. 12, et ch. VIII, v.4.
La multiplication, ch. VI, v. 7.
L’augmentation et la projection, ch. VIII, v. 8.

Il existe une multitude de commentaires en toutes langues sur le Cantique des Cantiques, surtout en langue hébraïque, si bien qu’on a même fait, en hébreux, une bibliographie de ces commentaires.

Les plus importants, sont, sans contredit, ceux de RASHl (Rabbénû Shlomoh) et du fameux Abarbanel.

Celui dont nous offrons aujourd’hui la traduction française a été écrit par un disciple inconnu de deux rabbins de la plus parfaite orthodoxie, qui se nommaient Rabbi Issa’char Baer et Rabbi Mosheh Phetha’hiah, de la ville de Kremnitz.

Il est extrait d’un petit livre fort rare imprimé en caractères rabbiniques à Prague en 1610-1611, in quarto, et intitulé Sepher MEQOR Hochmah, c’est-à-dire : Livre de la Fontaine de Sapience, dont nous donnons ici-même, intégralement, la préface.

C’est un commentaire du second degré, ou Remmez, sur le Pentateuque, le Cantique des Cantiques, le livre de Ruth, et l’Ecclésiaste.

La plupart des exemplaires sont suivis d’un second ouvrage, complémentaire du premier, et intitulé SEPHER AIMREI BINAH, c’est-à-dire : Livre des Paroles de l’Intelligence, qui est un commentaire des plus remarquables sur le Pentateuque seul.

L’un et l’autre livres sont construits suivant les règles de la plus savante qabbalah : chaque page présente un nombre déterminé de lignes, chaque ligne une certaine quantité de lettres.

La recommandation formelle de saint Jean s’y applique en partie : « Quiconque ajoutera quoi que ce soit aux paroles de ce livre sera châtié par Dieu… et quiconque en retranchera quelque chose sera effacé du Livre de Vie… » (Apocalypse XXII, 18-19).

En outre, quoique le Livre de la Fontaine de Sapience, ne soit qu’un commentaire du second degré, ainsi que nous l’avons déjà déclaré, on peut néanmoins l’interpréter suivant quatre sens distincts, allant du plus inférieur au plus élevé, le lecteur voudra bien y faire la plus grande attention.

2 – Cantique des cantiques, vers le Souffle…

Par Spartakus FreeMann

Nous allons essayer de nous attacher au premier et au second verset du Cantique des Cantiques en cherchant à en dégager quelques interrogations ou sens qui doivent compléter ce que nous en avons dit ailleurs.

Quelques données de base : le Cantique se situe dans les Ketouvim ou les Écrits, entre Job et Ruth, il est le 17e ou le 28e livre du Tanakh selon le regroupement des livres. Le Cantique comporte 117 versets regroupés en 8 chapitres (et pour les amateurs il compte tout juste 4700 lettres).

Le Cantique fait partie des rouleaux, qui sont les livres bibliques qui se présentent sous cette forme. Le terme rouleau en hébreu est « Meguila », terme qui renvoie aussi au dévoilement d’un secret, mais « de quel secret s’agit-il dans ce texte ? Sans aucun doute de l’amour !

« La question essentielle, en effet, que pose le Cantique des cantiques, est celle de l’amour, aussi bien entre les hommes et Dieu qu’entre les humains eux-mêmes » (Marc-Alain Ouaknin, Le Grand Livre du Cantique des cantiques, page VIII de l’introduction). Et c’est donc bien de l’Amour que nous voulons parler en nous gardant bien de suivre les conseils du Cantique lui-même : « Si un homme donnait toute la fortune de sa maison pour amour, de mépris ils le mépriseraient ».

Nous commencerons notre discours par un commentaire du Rachi qui se veut une introduction à la nature plurielle de ce texte :

« Une foi a parlé Élohim, deux fois je l’ai entendu. Un texte unique produit plusieurs significations. Et finalement, tu ne trouveras pas un texte de la Torah qui s’éloigne de ce qu’il dit clairement et dans sa signification apparente. Et bien que les prophètes aient parlé sous forme symbolique, il faut baser le symbole dans son ordre objectif comme les versets de la Torah sont organisés l’un après l’autre. Et j’ai vu pour le Chir hachirim plusieurs commentaires de aggadah.

Il y en a qui ont basé tous leurs commentaires sur une seule ligne qui éclaire symboliquement et il y en a qui se dispersent dans plusieurs directions. Et il y en a qui vont dans leur propre direction sans aucunement se baser sur le concret du texte. Et j’ai dit à mon cœur de saisir la signification du Saint texte et de baser les éclairages sur une organisation concrète et précise des textes. Et les interprétations symboliques de nos sages je les fixerai chacune selon leur caractère propre.

Et je dis moi que Salomon a vu dans la sainte inspiration que dans le futur Israël sera dispersée et qu’elle gémira de cette dispersion sur son honneur primordial et qu’elle se souviendra de la tendresse initiale qui lui étaient offertes comme il est dit « allons, revenons à notre premier époux car j’étais plus heureuse alors qu’aujourd’hui » (Osée 2:9). Et ce livre a établi dans le souffle saint, dans le langage d’une femme séquestrée, en perpétuel état de veuvage, pleine de désir nostalgique envers son époux et qui languit après son bien-aimé, qui se souvient de l’amour de jeunesse qu’elle éprouvait pour lui et elle avoue et reconnaît ses fautes.

Mais son Aimé ressent de l’angoisse pour ses tourments à elle et il se souvient de ses tendresses quand elle était jeune et de sa beauté et de l’excellence de ses actions par lesquelles il est relié à elle. Relié par un amour puissant et violent pour faire savoir que ce n’est pas de son propre cœur qu’il s’afflige et qu’il ne l’a pas répudiée car elle est son Épouse et lui est son Époux. »

Mais ce texte est multiple par ses interprétations, et à côté des commentaires des rabbins, certains veulent voir dans ce texte une ode à l’amour, l’amour humain dans sa forme la plus érotique, mais aussi la plus mystique qui soit :

« Car, grâce à la teneur sexuelle immédiate du cantique, à laquelle s’ajoutent les interprétations allégoriques des rabbins versant cette signification érotique au compte de Dieu, la Bible est loin de dénier au Dieu juif tout caractère sexuel humain. Mais en maintenant l’amour sous la souveraineté de l’époux, et en le protégeant de l’effusion mystique par l’établissement de la fugue au centre de l’aspiration amoureuse, le Cantique donne au judaïsme ce caractère unique d’être la plus érotique des abstractions, la plus idéale des sensualités », Julia Kristeva, page III de l’introduction du Grand Livre du Cantique.

Ajoutons tout de suite que le sens que nous avons trouvé dans ces deux premiers versets nous est personnel, hérétique, et ne pourra rencontrer qu’aversion ou critique. Mais c’est aussi la preuve de l’ouverture du texte dans le texte par le texte. Nous sommes des lettres du grand livre et nous devons donc interagir avec nos voisines au travers d’un écart qui ne peut que grandir afin que le vide de l’entre-deux soit source d’enrichissements.

שִׁיר הַשִּׁירִים, אֲשֶׁר לִשְׁלֹמֹה

Chir hachirim acher lichelomo

Cantique des Cantiques qui est à Salomon.

Le premier mot de ce verset est « chir », traduit par chant, dont la racine est Shin Yod Resh, שיר, racine proche de Shur, שור, qui signifie diriger ou encore voyager. Ce chant est donc aussi une invitation au voyage… Au voyage d’un chant joyeux de l’Amour.

Selon Rabbi Aquiba : « … Tous les écrits sont saints, et celui-ci [le Cantique] est le Saint des saints » (Midrash cantique rabba, I, 11).

Dans la version originale hébraïque, la première lettre du mot « chir » est plus grande que les autres, c’est une des « grandes lettres » de la Torah, comme celles que l’on peut lire dans le Shema Israël ou encore le Beth dans le premier mot « bereshit » de la Genèse, l’Aleph des Chroniques et le Mem des Proverbes. Dans le Midrash ha-neelam, on peut lire : « Le shin est le secret du Char d’en haut, c’est pourquoi elle a trois piliers, car les patriarches ce sont le Char » (60c).

Plus loin, on nous dit que le Shin s’unit au secret du Char supérieur, car les patriarches sont le Char supérieur, Abraham (représente la Sephira Hessed) et Isaac (la Sephira Guebourah) reliés entre eux par Jacob (représentant Tipheret) et ils sont tous trois unis au secret du Monde d’en haut (la Sephira Binah). C’est pourquoi, nous explique le Midrash, nous rencontrons ici une grande lettre, afin d’en signifier l’importance. Les trois barres du Shin représentent aussi, selon le Zohar, l’âme, l’esprit et le corps et donc les trois mondes : le monde d’aujourd’hui, le monde des temps messianiques et le monde à venir (le olam ha-ba). Le Shin a pour valeur 300 mais en valeur développée, il a une valeur de 360, que l’on peut rapprocher des degrés d’un cercle qui en comporte également 360. Mais est-ce un hasard si 300 est aussi la valeur guématriatique de « Rouach Elohim », le Souffle de Dieu ? Souffle, baiser et amour sont indissociables dans l’étude du Cantique comme nous le verrons par la suite. Le grand Shin nous avertit donc qu’ici plane le souffle de Dieu…

« Chir » est aussi considéré comme étant l’acrostiche des premières lettres des mots : sar (prince), ribon (souverain) plus la lettre yod. Vocalisé de manière différente, le « chir hachirim » peut devenir le « chir hasarim », le Cantique des Princes ! Indiquant par là le caractère royal de ce cantique particulier entre tous les autres.

On peut également rapprocher « chir » de « chit », le canal que le Zohar appelle Canaux supérieurs (Sephiroth de Hessed à Yessod) qui sont des sources pour les bénédictions d’en haut. Il y eut Hochmah d’où monta la volonté de créer le monde, d’Elle sortirent cinq Sources, plus une enclose (Yessod) et c’est ainsi qu’il faudrait lire, là où il y a « bereshit », « bara chit », il créa un canal. Ce canal est Malkhout qui rassemble les six sources afin d’alimenter nos mondes d’en bas. Lorsque Salomon construisit le Temple, alors ce canal s’ouvrit et la Canal, « chit », devint Cantique, « shir »… Notons ici le passage du Tav final dans « chit » vers un Resh dans « chir », cela nous indique le passage d’une finitude vers la projection des forces divines signifiée par le Resh, « lettre qui est un passage qui permet à l’homme de s’élever » comme l’écrit Virya.

Hachirim, השירים, que l’on peut décomposer en le chant du « mi », le chant de « qui ?». Réponse que nous devons trouver seuls à cette question ouverte. Ou encore Yam, ים, « mer ». Chant de la mer…

Acher, rsa, signifie « qui » mais aussi « heureux », « bonheur ».

Le Cantique des Cantiques est réputé être le mille sixième cantique de Salomon, car selon I Roi 5 :12, Salomon a chanté 1005 cantiques. Ce sont les mille six degrés qui s’élèvent et dont le dernier est louange d’amour ou amour de la louange de Dieu. C’est pourquoi, nous explique le Zohar du Cantique des Cantiques, ce Cantique porte ce nom distinctif : « Chant des chants de Salomon ».

Salomon, troisième roi d’Israël, fils de David et Bethsabée.

Ce nom vient de la racine שלם, qui signifie « paix ». Si l’on prononce Salèmah, nous avons le vêtement, et ce texte est aussi un vêtement pour les amours de Dieu et des Hommes, un vêtement qui cache et dévoile en même temps les subtilités de la hiérogamie, donc nous pouvons lire sans peine, chant des chants qui est un vêtement, et quel vêtement ! Paix du chant en son vêtement d’amour pourrions-nous dire… Vêtement est donc à prendre dans le terme mystique et divin, comme parure de Dieu.

Nous avons également dans ce mot la préposition « li », ל, qui veut dire « à » mais, si nous revenons à la signification de la lettre seule, nous avons « l’enseignement », Lamed signifiant « enseigner, enseignement ».

Nous traduisons alors : « chant des chants qui est un vêtement [à elle] » ou « chant, chant du « qui » bonheur de l’enseignement du vêtement ». Invitation à rechercher « qui » dans le texte…

Le Targum du Cantique des Cantiques :

« I,1 Cantiques et louanges que Salomon, le prophète, roi d’Israël, prononça dans l’Esprit saint devant le maître du monde entier, le Seigneur. Dix cantiques furent prononcés en ce monde, mais ce cantique est le plus beau de tous. Le premier cantique fut celui qu’Adam prononça lorsque son péché lui fut pardonné. Le jour du sabbat vint et le protégea. Adam ouvrit la bouche et dit : Psaume, cantique pour le jour du sabbat. Le second cantique fut entonné par Moïse avec les fils d’Israël au moment où le Seigneur du monde sépara pour eux en deux la mer des roseaux. Ils ouvrirent tous leur bouche ensemble et dirent un chant, comme il est écrit : Alors chanta Moïse et les fils d’Israël. Le troisième cantique fut prononcé par les fils d’Israël au moment où le puits d’eau leur fut donné, comme il est écrit : Alors Israël chanta. Le quatrième cantique fut prononcé par Moïse, le prophète, quand son heure de quitter le monde fut arrivée et par lui il réprimanda le peuple de la maison d’Israël, comme il est écrit : Écoutez, cieux, je parlerai. Le cinquième cantique fut prononcé par Josué, fils de Nun, lorsqu’il combattit à Gabaon et que s’arrêtèrent pour lui le soleil et la lune pendant trente-six heures et cessèrent de dire les cantiques.

À ce moment Josué ouvrit sa bouche et prononça des cantiques, comme il est écrit : Alors Josué chanta devant le Seigneur. Le sixième cantique fut prononcé par Barak et Débora le jour où le Seigneur livra Sisera et son armée aux mains des fils d’Israël, comme il est écrit : Alors Débora chanta et Barak, fils d’Abinoam. Le septième cantique fut prononcé par Anne au moment où un fils lui fut donné de devant le Seigneur. Elle ouvrit sa bouche et chanta un cantique, comme il est écrit : Et Anne pria en esprit prophétique et dit1. Le huitième cantique fut prononcé par David, roi d’Israël, pour tous les miracles que le Seigneur fit en sa faveur. Il ouvrit sa bouche et chanta un cantique, comme il est écrit : Et David chanta dans un esprit prophétique devant le Seigneur. Le neuvième cantique fut prononcé par Salomon, roi d’Israël, dans l’Esprit saint devant le maître du monde entier, le Seigneur. Le dixième cantique sera prononcé par les fils de la déportation au moment où ils seront délivrés de leur captivité, comme il est écrit et déclaré dans le prophète Isaïe : Ce cantique sera pour vous une joie comme la nuit que l’on célèbre la fête de Pâque et la joie de votre cœur sera comme celle du peuple qui se présentera devant le Seigneur trois fois par an, avec des instruments de musique et au son de la trompette, pour monter sur la montagne du Seigneur et se prosterner devant Dieu, le fort d’Israël. »

יִשָּׁקֵנִי מִנְּשִׁיקוֹת פִּיהוּ, כִּי-טוֹבִים דֹּדֶיךָ מִיָּיִן

Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car tes amours sont meilleures que le vin.

« Yichaqéni minnechiquot pihou ki tovim dodèkha miyayin »

Littéralement : « qu’il me baise de (les) baisers (de) sa bouche car bonnes tes tendresses plus que le vin ».

Traduction Chouraqi : « Qu’il me baise des baisers de sa bouche… car tes amours sont meilleures que le vin. »

Targum du Cantique des Cantiques :

« Salomon, le prophète, dit : Béni soit le nom de Celui qui nous donna la loi par les mains de Moïse, le grand scribe, écrite sur deux tables de pierre et les six traités de la Mishna et le Talmud avec la tradition orale, et qui nous a parlé face à face, comme un homme embrasse son ami en raison de son grand amour, car il nous aime plus que les soixante-dix nations. »

Analysons tout d’abord le premier mot de ce verset : yichaqéni, qu’il me baise. La racine est נוק nashaq naw-shak’, qui signifie embrasser ou donner un baiser mais il se rapproche aussi du verbe « nasaq », même racine, qui signifie brûler ! Et la racine proche de חשק « ‘hashaq » qui signifie aimer ou désirer. Nous le voyons donc, aimer c’est brûler, celui qui aime brûle de désir. L’amour est un brasier et ce ne sont pas les amants qui nous contrediront…

« Nashaq » est composé de trois lettres, le Noun, le Shin et le Qof. Le Noun (נ) est l’harmonie des contraires, il représente l’émergence, la fécondité. Le Noun est aussi une lettre féminine qui recèle aussi un caractère à cacher ce qui est intime. Le Noun se rattache par sa valeur (50) à la Sephira Binah, l’Intelligence.

Nous avons déjà parlé du Shin (ש) dans le premier verset. Mais ajoutons que Shin et Noun s’unissent pour former le mot « shen », dent.

La troisième lettre est le Qof (ק), lettre de sainteté, car il est l’initiale de « Qedoucha », sainteté. Qof c’est aussi le Tétragramme car il se décompose en un Kaf (כ) et en un Vav (ו) dont la valeur est 26.

Mais, cela peut tout aussi bien nous parler des deux treize composant le Tétragramme, Echad, unité, et Ahava, amour. Une autre interprétation veut que le Qof se décompose en un Kaf (כ) et un Noun final (ן), dont la valeur est alors 70 qui est la valeur de « Sod », סוד, le secret.

Et Ouaknin d’écrire : « ainsi, l’amour chanté par le Cantique des cantiques comme relation du masculin et du féminin, est considéré par la Kabbale comme le secret des secrets, la seule voie qui puisse à la fois fonder notre existence dans un juste rapport au « visage » de l’autre homme, et nous ouvrir ainsi le chemin du Dieu ineffable ».

Qof c’est aussi la parole car « qav », קו, qui est la voix, et se termine par un Pé, פ, qui est la bouche pour émettre la voix. Donc, voix émise par la bouche. Et le mot « qof », קוף, signifie la pomme.

Ainsi, à partir de ces trois lettres, « embrasser » c’est faire passer l’Intelligence de la Binah par le feu du Shin afin qu’Elle se fasse « Voix », voix sainte, parole de Cantique de l’Aimée à son Amant…

L’on traduirait alors « qu’Il me parle de Son intimité d’une Voix Sainte », « qu’Il me révèle Son secret ».

Le second mot est « minnechiqot », des baisers. Mot que l’on décompose en « mi » qui est la préposition qui signifie « de », l’origine ; et « nechiqot », le féminin pluriel de « nechiqah » נויקה, le baiser dont la racine se rapproche de « nashaq », embrasser, baiser…

Le baiser renvoie au souffle, selon le bon sens commun mais aussi dans la Kabbale, où baiser et souffle sont intimement unis. Il y a ainsi quatre souffles qui sont Hessed (sud), Tiphereth (est), Guebourah (nord) et Malkhuth (ouest).

Ézéchiel 37:9 : « De quatre souffles, viens souffle ». Le Zohar du Cantique des Cantiques rapproche cela de l’amour d’un baiser qui n’est donné que sur la bouche. Chaque souffle est alors uni à un autre souffle et ainsi nous avons quatre souffles. De l’union du mâle et de la femelle naissent donc quatre souffles. De leur union procède un fils qui est aussi un souffle issu de quatre souffles. Ici, l’union du mâle et de la femelle symbolise l’union de Tiphereth (mâle) et de Malkhuth (femelle).

« Tu dois savoir encore que les anciens, bénie est leur mémoire, ont enseigné. Pourquoi le baiser se donne-t-il sur la bouche plutôt que sur tout autre endroit ? Tout amour et dilection qui se veulent solides ne s’expriment que par le baiser de la bouche, car la bouche est la source et l’origine du souffle, et lorsque le baiser se pose sur la bouche, un souffle s’unit à un souffle. Quand l’adhésion souffle à souffle a lieu, alors chaque souffle fusionne dans l’autre et ensemble ils s’embrassent, il en résulte que les deux souffles deviennent quatre et c’est le secret des quatre. S’il en va ainsi, ce sera vrai à plus forte raison des souffles intérieurs (les sephiroth) qui sont l’essentiel de tout, ne t’étonne donc pas s’ils sont intriqués l’un en l’autre, puisqu’ils expriment la dilection et le désir parfait. », Moïse de Léon, Sod ‘esser sefirot belimah, page 372.

« Qu’il me baise des baisers de sa bouche », c’est donc l’adhésion d’un souffle à un souffle et donc il y a adhésion et ce baiser emplit les mondes de joies car la « face » d’En haut et celle d’en bas sont unies. Nous revenons ici au secret de l’épanchement des sefirot mâles et de la réception par les sefirot femelles.

Zohar 63 d : « Tous les baisers d’amour n’ont pas d’autre fonction que de faire qu’il y ait un unique ensemble, pour que l’un s’intègre en l’autre sans séparation. Ainsi, pour tout ces baisers ont pour fonction de faire que tout soit un ».

Le troisième mot du verset est « piyouh », פיהו, sa bouche, de la racine phé, פה, bouche, avec le suffixe marquant la troisième personne du singulier. Il est à noter que la lettre Pé elle-même signifie bouche. Ceci est compréhensible si l’on regarde la forme de la lettre qui ressemble à une bouche.

Maintenant, le mot « piyou » est plein d’enseignements, on y remarque trois des quatre lettres du Tétragramme, le Yod, le Hé et le Vav ! Cela peut donc chercher à nous dire : « la bouche de Dieu », ou plutôt que c’est de la bouche de Dieu dont on parle dans le Cantique… Le second Hé du Tétragramme est bien sûr celui de celle qui parle, c’est-à-dire la Shekhinah, la Présence de Dieu… Ceci est assez symbolique surtout si l’on replace le chant dans sa valeur hiérogamique de Dieu et de la Communauté d’Israël.

Le Pé, nous dit Virya, est « l’origine de la parole, la vibration primitive de laquelle l’existence matérielle est née ».

La lettre Pé, פ, a une valeur numérique de 80 qui est aussi la valeur de Yessod (יסוד), le Fondement. La valeur développé de la lettre est de 81 qui est la valeur de Anokhi, אנכי, le « je ». Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit de la signification de ce mot dans le cadre du Cantique. Ajoutons toutefois que si l’on décompose le Pé en un Kaf et un Yod nous lisons alors « ki yod he vav », « car Yaho », Yaho étant un des Noms de Dieu… Appel des trois premières lettres du Tétragramme vers le hé d’en bas, la Shekhinah

« Sa bouche », PIYOU, invitation au Monde à venir (Olam haBa), de la sephira Binah, le Roi qui possède toute paix. Le Hé s’ajoute à PIY parce que tout l’amour du Monde Inférieur (Malkouth) ne vise qu’à l’union avec le Monde supérieur, l’Olam haBa.

« Qu’il me révèle Son secret par l’intimité de Sa voix Sainte par sa bouche ».

Nous espérons avoir éclairé quelque peu le lecteur sur le sens que l’on peut découvrir derrière le texte du cantique de Salomon… Texte d’Amour et du don que nous posons comme paradigme de notre œuvre personnelle.

Photo Le Cantique des cantiques, Frantisek Kupka, 1904-1931.

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