Message du Guérisseur Lestrys transmis par Aurélia LEDOUX

Je suis votre ami, le guérisseur Lestrys et je viens pour un nouveau message.

Aujourd’hui, j’aimerai vous parler de la constitution des aliens, de notre corps, un peu différent du vôtre et des soins que nous effectuons sur des blessés.

Notre corps est un peu plus fibreux que le vôtre. Mais son degré de pesanteur, d’ «opacité atomique », peut varier, comme le vôtre.

Lorsque vous êtes joyeux, sereins, vous avez l’impression de vous sentir si légers, aériens.

Il en est de même pour nous, à un degré très subtil et nous employons un principe analogue pour franchir les portails dimensionnels par le vol spatial.

Je souhaite maintenant vous conter la suite de mon aventure.

J’en étais resté, dans mon précédent récit, au moment où nous avions visité avec mon petit Stency, la vie à venir de notre ancêtre récemment décédé, dans la salle de clonage.

Notre sage ancien avait quitté les rives de la vie et avec une précision admirable, les généticiens avaient recrée son corps à l’identique pour que son âme y revienne.

Il en est ainsi pour les premiers et les plus grands des valets, sur mon monde, qui reçoivent un nouveau corps peu après avoir expiré leur dernier souffle.

Cela se fait de manière systématique, pour que l’âme puisse renaître dans un nouveau corps. Et donc, ce phénomène se perpétue depuis des siècles et des siècles.

C’est aussi pour cela, qu’il est formellement interdit de créer deux fois la même créature. Cela constitue une transgression immense. Il s’agit d’une chose si terrible que ce sujet est tabou par chez nous, les généticiens n’osent même pas en parler entre eux.

Tous les clones qui ont été élaborés par génie génétique, l’ont été de manière disparate.

Comme expliqué dans mes autres messages, je venais d’être promu généticien impérial, un titre honorifique qui me permettrait de créer la vie de mes semblables.

J’en étais tout impatient, mais les travaux visant à me pourvoir d’un nouveau laboratoire, étaient retardés par des secousses sismiques de plus en plus vives. Le superviseur de la cité, face à des lézardes inquiétantes, décida de faire déplacer plusieurs salles abritant des couvées de jeunes clones et ma tâche fut donc modifiée.

J’allais devenir préparateur de cuves. Cela veut dire que j’allais devoir veiller à la santé de jeunes êtres, avant leur « mise en bocal » et durant toute leur croissance.

Le mot « mise en bocal » est choquant pour les vôtres, car il s’agit de jeunes êtres à venir, de jeunes enfants, mais chez nous, à cette époque, les clones étaient très déconsidérés. Cette expression était usuelle alors.

Toute mon équipe changeait donc de secteur, le petit Stency bien ravi de cesser les travaux de glaciologie.

On nous invita à nous rendre, peu avant, au centre de soins, pour une inspection de routine.

Nous avions tous pris du poids et étions bien plus vaillants que lors de notre arrivée sur Terre. Mon petit Stency marchait et courait avec vigueur. La guérisseuse en chef s’estima très heureuse de ses progrès. Les membres les plus âgés de mon équipe, qui décidaient des expériences, étaient tous frappés d’un certain nombre de malaises nauséeux, leur bougonnerie n’aidant guère leur état.

Mais ils furent jugés aptes à poursuivre les travaux de perfectionnement génomique.

Je fus mandé pour effectuer des propositions de croisement d’ADN.

Certains généticiens étaient contre ces travaux, car pour eux, les petits clones devaient rester soumis et dociles, ne devant formuler aucune initiative.

Mais l’ensemble des miens, malgré des réticences premières dont nous avons conversé au fil des jours, a accepté de créer des clones avec de l’ADN issu d’humanoïdes de la Terre, en plus grand nombre, et aussi d’aliens de peuples lointains, ayant développé de très brillantes civilisations.

Mais l’un des grincheux généticiens, qui validait ou non les expériences, s’est élevé contre cela.

C’est une transgression ! a t-il dit. Seuls les valets ont le droit d’être perfectionnés.
Je vous demande pardon, ô noble maître, fit un jeune valet au visage posé, pourquoi ne pas essayer de créer ainsi un unique clone dans une couvée nombreuse ? Cela ne sera pas détecté. Nous verrons les différences cognitives de ce nouveau sujet lors de son éclosion. D’autres généticiens ont déjà modifié de nombreuses créatures, leurs clones sont plus joyeux, et plus résistants au stress lors des manœuvres orbitales.
Il faut avant tout en parler au superviseur. S’il s’aperçoit que nous avons modifié la trame génomique de ces créatures sans son consentement, il sera très en colère, finit par exposer le vieil alien.

Il en fut donc décidé ainsi. Notre dirigeant s’est rendu chez le chef de la cité et tous deux ont palabré de longues heures.

Pendant ce temps, nous avons achevé nos travaux de soins sur des clones en phase de croissance, des centaines et des centaines d’êtres. Nous avons contrôlé leurs paramètres vitaux, leurs pulsations cardiaques et leur circulation énergétique interne. L’un des clones se développait mal, il a fallu le réénergiser sous une lampe à cristal plus vive. Une musique apaisante spéciale était diffusée dans la salle de clonage et nous étions tous ravis à chaque fois de nous y rendre.

Nous percevions les pensées douces de ces petits êtres attachants. Lorsque nous retirions les voiles colorés posés sur chaque cuve, nous pouvions distinguer leurs mains filiformes se contracter étrangement par instants, comme pour saisir un objet.

Les miens avions déjà donné des prénoms aux clones dont nous étions chargés, chose qui aurait scandalisé notre hiérarchie. Près de cette salle, des cuves abritaient de jeunes valets qui étaient sur le point d’ « éclore ».

Ces jeunes êtres en avaient encore pour deux jours d’après les meilleures prédictions.

Chaque matin nous apprêtions des tubes chargés de nutriments. Nous les préparions nous-mêmes, à bases de purée d’algues, de jus de baies, comme des myrtilles, de miellat, de cellulose et de différents minéraux, que nous mélangions dans un grand malaxeur. Ensuite, ces ingrédients étaient digérés lentement par une série d’enzymes appropriées, puis transformés en une soupe liquide, qui était injectée dans le cordon ombilical de chaque sujet, ainsi que l’aurait fait l’organisme d’une mère.

Ces petits êtres faisaient l’objet d’une grande dévotion de la part de chacun de nous. Même si nous ne pouvions encore les tenir près de nous, nous avions hâte de les voir naître.

Deux jours plus tard, vint l’éclosion des cuves abritant des petits valets. On nous autorisa, de façon exceptionnelle, à y assister, et ce, seulement de loin. Les laborantins s’étaient tous regroupés, et chacun d’entre eux aidait une de ces créatures délicates à sortir de son bocal. Mais les clones, pour certains, n’avaient pas du tout envie de sortir, tant l’air extérieur leur paraissait glacial, comparé à la cuve confortable. Pour leur rendre cela plus agréable, les soigneurs les retiraient avec douceur et les étendaient sur des tables chauffantes, puis ils appuyaient lentement sur leurs côtes pour les aider à prendre leur premier souffle. Il y eut une série de petits glapissements suivis de cris grêles. Chacun de nous a fondu en larmes en voyant les tout jeunes êtres, aux corps blancs, rosés et filiformes.

Les soigneurs baignèrent les clones et les étendirent sur des linges moelleux. Ensuite, le superviseur de la cité ouvrit une porte menant à la nurserie. Là, des aliens femelles au regard craintif entrèrent. Chacune d’entre elles avait les yeux débordants d’émotion. Et chacune de ces mères tenait un habit de mailles fines, destiné à son futur enfant, qu’elle avait tissé elle-même.

Les mères se dirigèrent sans hésiter chacune vers un petit valet. Elles les soulevèrent près d’elles pour les apaiser, en murmurant de douces paroles. C’était une scène comme suspendue en l’air, dans le temps.

Notre dirigeant, ordinairement hargneux, s’essuya les yeux. Chacun de nous se souvenait de sa mère. Même si, à l’âge du travail, on nous avait durement séparés, il restait ce lien télépathique qui durait toute la vie.

Les mères vêtirent chaque petit être d’une combinaison moelleuse. Chacune des mères était un valet femelle, mais pas toujours, on voyait aussi des premières.

Pour elles, c’était un jour parfait, le jour où tout devenait possible. Je me dis en cet instant que pratiquer la séparation des familles était un non-sens pour notre peuple. Chacun de nous aspirait à revoir sa mère. Pourquoi la loi était-elle aussi sévère ?

Le petit Stency réprima un sanglot et je le serrais près de moi pour l’apaiser. D’autres aliens le rassurèrent de même, chose qui n’était jamais arrivée auparavant.

Le superviseur poussa un grondement d’impatience, les plus jeunes femelles vinrent en dernier, chacune d’elle saisit un enfant, puis le vêtit. Il les chassa d’un regard. Elles s’en furent bien vite vers leur quartier où elles étaient recluses, abritant les clones près d’elles comme s’il se fut agit d’un trésor.

Le premier belliqueux nous fixa de même, sa tiare rouge et noire à moitié de travers. Nous n’avons pas osé rire et sommes retournés à notre ouvrage.

Celui-ci fut plaisant et se déroula agréablement. Farouchement opposé à l’hybridation poussée des petits clones, le superviseur ne nous avait pas autorisés à créer de nouvelles générations de créatures.

La vérité, c’est qu’il était inquiet de la solidité des futures salles réservées au clonage des individus. Des ingénieurs efficaces se succédaient pour poser des vérins sous les zones menaçantes, mais des lézardes s’ouvrirent malgré tout. Notre science était impuissante face aux colères de ce monde.

Un matin, une alarme résonna dans toute la cité, une voie d’eau s’était produite.

Il fallut évacuer plusieurs quartiers en hâte, pendant que des robots branchaient des pompes.

Deux aliens furent retrouvés rigorifiés dans l’eau, heureusement pas trop froide. Ils se remirent et il n’y eut pas de victimes à déplorer. Mais cet avertissement était net.

Cette planète ne voulait pas de nous.

Le superviseur reçut une semaine plus tard, des aliens nobles. Chacun d’entre eux était venu pour adopter un petit premier. Ils tournèrent autour des écrans, puis finirent par se décider.

Les jeunes premiers recevaient une éducation bien particulière, dans une vraie famille, ils étaient choyés, et se voyaient offrir la plus haute instruction, un peu comme vos enfants, mais à un niveau de connaissances très haut.

Une famille souhaitait attendre l’éclosion. Les autres reviendraient ultérieurement. Celle-ci se produisit le lendemain. Le petit premier brisa sa coquille, au moment même où des secousses sismiques bousculaient toute la cité. Les parents prirent la fuite, trop heureux d’échapper à ce lieu, emportant leur petit protégé en toute hâte.

Le superviseur fit sonner l’alarme générale. Ce jour là, tout le monde dut rester en sa chambre. Nous étions tous inquiets. En soirée, saisis par la faim, les nôtres sortirent de leurs appartements malgré les consignes. A part du bris de verre dans les laboratoires, que les androïdes nettoyaient, nous étions tous indemnes.

Nous avons senti une activité sur les quais. Le superviseur était là avec ses proches, il y avait en tout cinq navires, des très gros porteurs. Il régnait une intense activité. On chargeait des tonnes d’équipement et de matériel sans relâche. Deux autres navires plus petits, attendaient que de longues files de valets et d’administrateurs montent à bord.

Nous avons demandé au superviseur s’il y avait lieu d’apprêter les bagages, mais il nous expliqua qu’il s’agissait juste d’un exercice d’alerte. Nous n’étions pas dupes. Mais quel moyen avions-nous de nous tirer de ce lieu périlleux ?

Les jours qui suivirent, de nombreux transports passèrent à toute allure dans les galeries. Il régnait une ambiance de tumulte. Le superviseur, au bout de trois jours nous avisa d’un « petit voyage » qu’il devait entreprendre. Il serait de retour bientôt.

Furieux, notre chef de laboratoire exigea des explications plus poussées. Le niveau de la lave montait et toutes les cuves avaient disparu, de même que les appareillages les plus complexes que des ingénieurs avaient démonté dans la matinée.

Il ne restait que des microscopes simples, quelques livres et nos échantillons.

Allait-on nous abandonner ? Notre chef ne put rien savoir de plus, et on nous ordonna de regagner nos quartiers. Nous avons compris en cet instant que l’on nous considérait comme des aliens dissidents, par les idées originales que nous avions osé formuler concernant le clonage.

Nous étions très inquiets. D’autres équipes de scientifiques avaient disparu, emportant tout leur équipement de recherche. Des appartements entiers des hauts quartiers avaient été intégralement vidés de leur mobilier, des dizaines de jours plus tôt.

Oui, il en était ainsi. Au cours de la nuit, une alarme résonna une nouvelle fois. Le chauffage était défaillant et Stency pouvait à peine remuer. Je l’entourais bien vite d’une couverture chauffante et apprêtais nos bagages. Je sentais que quelque chose allait se passer. Un jeune valet d’une chambre voisine, Eratsu, entra précipitamment dans nos quartiers.

Les autres sont partis ! dit-il Je suis venu vous prévenir, ils sont en train d’embarquer à bord d’un croiseur ami. On leur a défendu de vous réveiller. Ils le voulaient mais n’ont pu le faire !
Mais pourquoi ? demandais-je abasourdi
Le vaisseau a un problème de tonnage, les clones et les valets … imparfaits… sont défendus à bord, glapit-il. Les agents de chargement savent que vous tenez au petit…

Mon ami avait les larmes aux yeux. Ce jeune valet possédait en effet de délicats filaments sur son crâne, comme la chevelure d’un bébé, mais hérissés en fonction de ses humeurs. J’appréciais cette caractéristique originale, mais cela le faisait passer aux yeux des autres pour un hybride inabouti, et il devait affronter de nombreux préjugés.

Nous nous sommes empressés de courir, chargés de nos biens les plus précieux. Les laboratoires devant lesquels nous sommes passés, avaient été intégralement vidés de leur contenu, il ne restait plus que les tables et les chaises.

J’étais profondément révolté de ce système, qui préférait laisser périr des êtres vivants, plutôt que d’abandonner des échantillons de glace d’eau.

Nous avons couru dans une enfilade de couloirs, de toutes nos forces. Stency faisait de son mieux malgré son jeune âge. Soudain, des secousses très vives ébranlèrent la galerie. Nous nous sommes abrités le long d’un endroit servant à entreposer des véhicules. Le lieu était également vide, tous les véhicules avaient disparu.

La lumière s’est éteinte.

Nous avons attendu quelques minutes, le temps que nos yeux d’aliens s’habituent à l’obscurité. Nous percevions quelque chaleur et des nuances rougeoyantes très loin de notre galerie. Nous étions au sommet du grand belvédère.

Droit devant nous, le tarmac ne comportait que des éclairages de secours. Il ne restait qu’un navire en partance. Il était si éloigné !

Une alien furieuse vociférait en chassant des petits clones qui voulaient monter dans son transport personnel. Les portes se fermèrent sèchement. Le navire décolla avec une immense peine, les réacteurs toussèrent et s’éteignirent. Le lourd vaisseau retomba et faillit d’écraser. Le pilote les relança, corrigeant la poussée à la dernière minute de manière héroïque, il s’éleva alors de nouveau avec peine, entrant peu à peu en phase de translation dimensionnelle. Il y eut un éclair bleu, puis plus rien.

A plusieurs centaines de mètres de notre position, un alien sage et voûté marchait d’un petit pas dans une galerie. Il entraina les petits clones à sa suite. Lui aussi avait été abandonné, en raison de son grand âge visiblement. Je criais, mais ils étaient très loin de nous.

Une faille géante s’était ouverte dans le sol et nous séparait de cette issue.

Je regardais mes deux compagnons

Nous nous en sortirons autrement, dis-je, face au tarmac à présent vide
A quelle issue de secours faites-vous allusion ? demanda mon ami Eratsu avec quelque ironie
Si nous ne pouvons monter, nous devons descendre.
Descendre ? Là où est la lave ?
C’est notre seule chance, le niveau des humains nous est interdit, les grands élévateurs ont été obstrués par un amas de pierres. Et les humains nous emprisonneraient de toutes manières, pour savoir le secret du voyage spatial. Nous devons nous hâter de quitter ce lieu. Les services militaires de la surface ont du avoir vent de ces ondes sismiques. Ils ne vont pas tarder d’arriver, afin d’emporter toutes nos machines lorsque le rayon vert se sera éteint.

Le rayon vert était ce qui protégeait nos cités de l’intrusion des humanoïdes à sang chaud, tels que les vôtres. C’est une onde, une lumière verte, incompatible avec votre physiologie, qui créée d’intenses malaises, de même qu’elle empêche les nôtres de s’échapper. Les lois interdisant les contacts de nos deux mondes étaient très strictes.

Mais maintenant que l’énergie de la cité semblait sur le point de s’éteindre, ce rayon allait disparaître lui aussi.

Nous sommes descendus dans les niveaux inférieurs, où les aliens des rangs subalternes logeaient.

De faibles lumignons jaunâtres de fortune avaient été aménagés un peu partout. Les aliens s’entraidaient, jetant astucieusement des ponts de planches au dessus de gouffres béants, pour y faire passer des vieillards et des blessés. Le long de la falaise où ils logeaient, des pans entiers de roche s’étaient détachés. Beaucoup de demeures étaient très endommagées. Arches et parapets pendaient tristement, lézardées de part en part. Mais les aliens déterminés chargeaient courageusement de petits transports à répulsion. Une sorte de péniche flottante passa près de nous et d’autres aliens nous firent des signes frénétiques de la main. Nous sommes aussitôt montés à bord avec soulagement.

Le soir venu, on nous servit une collation. Nous étions dans un très grand hall garni de voûtes de pierre, serrés les uns près des autres pour nous tenir chaud. Très loin sous notre position, la terre grondait. Des aliens âgés expliquèrent que des transports attendaient à la périphérie de la Terre, ils ne pouvaient passer pour l’instant, à cause des ondes sismiques, mais ils seraient là à l’aube pour nous emmener.

Des navires faisaient des allées et venues dans cette grande salle, afin d’aller recueillir d’autres rescapés et de les déposer.

Je constatais avec inquiétude, que la salle comptait uniquement des valets et des premiers avec quelques clones adultes.

Les navires vinrent comme prévu, mais nous fûmes refoulés. Eratsu fut éconduit, ainsi que Stency.

Pas de clones si jeunes à bord, monsieur Lestrys. Eux devront prendre les containers, mais vous pouvez monter.
En aucune manière je n’abandonnerai mes compagnons !

Le garde eut une moue dépitée, lui ne faisait qu’appliquer les ordres. En perpétuant ce système injuste des castes.

Nous avons longuement attendu, un porte-container vint, mais une forêt de petits clones s’étendait devant nous. La plupart des infortunés purent monter, serrés de manière affreuse. Les pauvres se tassaient de leur mieux, pour aider d’autres compagnons à monter. Les containers les abritant étaient empilés les uns sur les autres. Chaque container faisait 20 mètres de long et était muni de grilles. L’intérieur était matelassé pour protéger les aliens des chocs, mais c’était un voyage dangereux et très inconfortable. Le porte-container repartit, chargé au-delà de la limite de sécurité. Il y eut un signal sinistre qui résonna dans l’air. La voûte menaçait de s’effondrer.

Il ne resta plus qu’une centaine de petits êtres en tout, avec notre groupe. Nous avons donc attendu, mais d’autres grondements s’élevèrent. Nul autre vaisseau ne viendrait en ce lieu.

Nous nous sommes abrités, hélas, les autres n’eurent pas cette chance. Le sol céda et ils furent tous emportés. Je vis les infortunés tomber, tomber, leurs petits corps malingres tourbillonnant dans le vide, puis une étrange lumière bleue parut, les enveloppant de toutes parts. Un instant plus tard, les clones avaient disparu ! Il ne resta plus qu’un vide béant s’ouvrant au dessus d’un puits, d’où s’échappaient des lueurs rougeoyantes.

Nous nous sommes regardés sans comprendre.

Quelqu’un avait agi de manière incroyablement puissante, pour protéger ces malheureux, juste à temps, du fleuve de lave où ils allaient être engloutis.

Nous nous sommes regardés sans comprendre, puis nous avons appelé à l’aide.

Personne ne nous répondit. Devions-nous sauter dans ce puits pour être aspirés de la sorte ?

Cette idée nous parut absurde, mais c’était notre seul choix, à moins d’être engloutis par la lave qui montait. La panique nous empêchait de réfléchir posément.

C’est alors qu’une pensée à jailli, une vibration, dans l’air saturé de vapeurs brûlantes.

La grotte face à nous, s’est éclairée au niveau du sol, d’une lueur dorée très particulière. Puis la lueur a disparu.

Abasourdis nous nous sommes approchés. Quel était ce prodige et qui donc éclairait la roche de la sorte ?

Nous nous sommes penchés et avons constaté qu’un boyau, très bas de plafond, courait au ras du sol. Mes sens d’alien me faisaient estimer la taille de ce couloir, d’une longueur d’environ 20 mètres. Peu réjouis de devoir ramper en ce lieu humide, nous hésitions, mais la lave derrière nous projetait des blocs étincelants, qui tombaient sur le rebord de la falaise. Une fournaise intense s’en dégageait, ce qui nous décida aussitôt.

Je fis vite passer le petit Stency en premier, plus menu que nous, il rampa souplement et n’eut aucun mal à se faufiler. Eratsu attacha les bagages avec une petite corde, en alien astucieux, et m’invita à entrer à la suite de Stency.

Je suis le plus grand. A vous de m’aider à sortir de là si je reste coincé, dit-il en me tendant l’autre extrémité de la corde.

Cette solution était la plus logique. Je rampais aussi vite que je le pouvais, Stency me criant que le passage débouchait à l’air libre. Mon cher petit était épouvanté de cette attente. Une fumée dense nous empêcha bientôt de respirer. Mon petit compagnon se mit à tousser, j’émergeais de l’autre côté et tirais de toutes mes forces pour aider le grand valet Eratsu, qui peinait beaucoup. Stency tirait aussi en sanglotant, terrifié par les vapeurs brûlantes qui approchaient.

Le grand valet se dégagea en toussant, puis vinrent les bagages, dans lesquels nous avions placés des rations de survie. Nous nous sommes éloignés aussi vite que possible de ce lieu suffoquant.

Nous avons émergé dans un ensemble de galeries faiblement éclairées de formes de vie bioluminescentes. Puis, vint le noir total. Devant nous, Stency toussait beaucoup. Je le portais et l’entourais d’une écharpe pour filtrer la fumée qui formait une nappe omniprésente au niveau du sol. Plein de ressources, Eratsu avait extirpé de son sac une petite lampe à plasma, qui constituait une lueur chaleureuse.

Les fumées ont décru et nous avons pataugé dans des eaux très chaudes. Cela nous a permis de faire une brève pause pour nous remettre de nos émotions. Nos habits soignés de généticiens étaient couverts de poussière grise.

Nous sommes ensuite parvenus à de très grandes voûtes de pierre rosée, parfaitement taillées, formant des lacis de galeries immenses de plus de 20 mètres de hauteur. Ces carrières sans fin s’étageaient sur des dizaines de niveaux, dont certains étaient ennoyés. Il nous fallut franchir certains passages à la nage, nos sacs sur nos têtes, en aidant le petit Stency.

A un moment, je perdis pied et mes sens d’alien avisèrent une profondeur de niveaux immense sous l’eau tiède. J’en avalais une gorgée sans le vouloir. Elle était vraiment excellente. Je me sentis aussi bien que faire se peut en quelques instants.

Mes compagnons en ont bu à leur tour. Nous étions en une belle caverne dorée et rosée, dont l’éclairage intense nous stupéfia. Il n’y avait cependant nulle lampe visible. Je souris à mes deux compagnons. Ils me sourirent de même, leur espoir ranimé par l’éclat de ce lieu et des présences paisibles que l’on ne percevait pas encore entièrement. Des êtres étaient là pour nous guider, car autrement, comment aurions nous pu retrouver nos pas en un tel lieu ?

J’essorais mon manteau, à présent propre, et m’apprêtais à me remettre en route, lorsqu’un petit cri apeuré résonna dans la grande caverne.

Ce cri était celui d’un tout jeune alien efflanqué, qui se tenait de l’autre côté de la vaste nappe d’eau. Le petit être, couvert de poussière grise, nous suivait visiblement depuis pas mal de temps. Il tremblait de fatigue et ses membres grêles étaient incapables de nager convenablement.

Eratsu fouilla nerveusement dans son sac pour en sortir la corde. Résolu, je retirais mon manteau et replongeai pour aider l’infortuné. Le petit clone barbotait maladroitement, buvant la tasse, il s’affola, ses bras malingres produisant de nombreuses éclaboussures.

Je m’avançais, nageant une distance d’environ 30 mètres. Le petit clone était encore loin. A un moment donné, il tendit inutilement ses bras, me sembla t-il, mais agrippa au passage une corde lancée par Eratsu.

Il poussa un glapissement d’effroi en me voyant, puis il s’évanouit. Je le saisis prestement et ce fut Eratsu qui nous tira de là, avec sa vigueur exceptionnelle. Je remerciais mon compagnon, à bout de souffle, trempé de toutes parts.

Le petit Stency examina le frêle alien. C’était un miracle s’il avait pu marcher si longtemps. Ses pauvres jambes atrophiées étaient à peine constituées et le malheureux avait besoin de soins. Nous avons examiné ses plaies nombreuses, et les avons soignées. Puis nous l’avons emmené avec nous, parfaitement d’accord sur ce point. Le petit alien ne possédait qu’un simple short en guise d’habit. J’étais considérablement choqué, qu’il puisse encore exister des esclaves si jeunes en notre monde. Tout aussi révolté, Eratsu le vêtit d’un de ses pulls, bien trop grand pour lui, mais qui le protègerait de certaines eaux brûlantes. Ce fut Eratsu qui se chargea de le porter, avec une grande écharpe et d’autres cordes.

Je félicitais une fois de plus mon ami pour son ingéniosité.

J’ai déjà entendu les anciens parler de cités brillantes dans le monde intérieur, peuplées de génies et de nymphes aliens très avenantes. J’ai pris donc ce matériel de cordage. Pensez-vous que nous y parviendrons ?
Cela me semble déjà bien engagé, dis-je en riant. Surtout que nous avons un nouveau petit cœur avec nous ! Il suffit de voir la brillance de ces éclairages pour commencer, c’est là, la manifestation de la toute puissance des génies en leur royaume.

Nous avons continué joyeusement notre avancée, nous nous sentions en paix, libérés de cette société qui nous cantonnait à une existence sous terre, loin des merveilles de la nature.

Des salles toutes parées de cristaux magnifiques s’offraient à notre regard. C’était le début d’une merveilleuse aventure.

J’ai été ravi de conter ce récit, bienheureux habitants de ce monde souriant,

Je vous dis à une prochaine fois,

Le guérisseur Lestrys,

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