Le voyage 7

Message du Guérisseur Lestrys, transmis par Aurélia LEDOUX

Je reprends mon récit là où il s’était arrêté.

Il y avait cette belle caverne, cette galerie sableuse descendante. Oui, comme l’énergie de cet endroit était brillante, apaisante. Nous venions de découvrir deux tout jeunes clones amaigris et filiformes. L’état de leurs jambes était préoccupant et ces pauvres enfants tenaient à peine debout.

Panresu, dans un accès de bonté surprenant, avait insisté avec vigueur pour veiller sur le plus frêle des clones, en réalité une fillette aux yeux bleu pur. Malgré sa maladresse et sa bougonnerie, il avait réussi à gagner son affection en soignant notamment ses jambes couvertes de blessures inquiétantes. La petite alien le fixait à présent avec une confiance retrouvée, elle avait renoncé à fuir. Très soucieux de sa sécurité, Panresu lui avait interdit de marcher jusqu’à ce qu’elle soit guérie. Il s’était fait un devoir de l’instruire et lui apportait de la lecture. L’enfant était si brillante qu’elle passait des heures joyeusement absorbées à lire, tout en regardant le paysage de grottes parées de nappes de calcite colorées changer d’allure.

Panresu, lorsqu’il n’œuvrait pas à chercher de l’eau ou des provisions, s’était fait un devoir de lui faire la lecture. Il s’agissait généralement de traités de biologie moléculaire, ou d’ouvrages sur la maturation des cellules. Nous en étions ravis, mais cela était promesse d’endormissement certain pour nos compagnons point familiers de telles études ! Comme nous en avons ri alors !

Chose fort agréable, Panresu ne s’offusqua nullement de cet état de somnolence imminent qui affectait nos compagnons à chaque séance de lecture. Une dame alien au teint mauve admirable était toute rêveuse à chaque fois qu’il parlait, et son expression montrait qu’elle était comblée de tant d’érudition.

L’autre petit clone suivait Giorgio comme son ombre. Notre ami Italien s’en offusquait souvent, mais il a fini par l’accepter.

Il tentait de lui parler, mais le petit alien ne pouvait prononcer que quelques syllabes. Un soir venu alors que nous cherchions des algues et des moisissures près d’une source, mon ami a tenté d’en savoir plus.

Comment te nommes-tu petit ? s’enquit Giorgio
Kol… iii… tsa , couina le petit alien en baissant les yeux
Je crois qu’il n’a pas de prénom… traduisit Eratsu, mon ami si avisé. Il faudrait lui en trouver un… dit-il en lançant un clin d’œil à Giorgio

Ce dernier eut une expression peu amène, il fouillait avec vigueur parmi la vase dans l’espoir de trouver quelque chose de comestible. Eratsu de son côté avait trouvé une sorte de masse rosée. Il s’agissait d’une sorte de lentilles d’eau inconnues de nous. Nous en avons mangé quelques unes et il s’avéra que tout cela était vraiment délicieux. Nous marchions dans une galerie plus étroite, que nous avons remontée. Plus haut en amont, de grandes quantités de ces plantes inespérées nous attendaient.

Nous en avons mangé une quantité impressionnante. Puis, parfaitement repus, nous en avons fait une ample provision que nous avons apportée à tous nos amis. Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas fait un si long repas. Les nôtres n’ont que peu de besoins nutritifs, mais les Terriens avaient besoin de prendre des forces.

Le petit clone inconnu s’est approché de Giorgio, puis a pris place sagement près de lui sur un rocher. Ses jambes étaient toujours couvertes de plaies suintantes, car il ne laissait personne l’approcher pour le soigner.

Nous avons passé une nuit bien reposante, puis, au matin venu, nous sommes montés à bord de la chenille et de sa remorque qui s’étaient étrangement métamorphosées au cours de la nuit. Une fois de plus, les véhicules avaient gagné en taille et en confort. La bibliothèque branlante récupérée in extrémis par les dames aliens avait retrouvé plus de stabilité, et même les pages des ouvrages anciens jaunis paraissaient plus neuves. Certains que quelque bon génie avait fait là bien du ménage à notre intention, nous étions emplis de gratitude pour les présences que nous sentions veiller notre progression.

Il restait un dilemme. Nous allions devoir abandonner le petit clone qui refusait de nous approcher et de monter sur la plate forme. Malgré toute la patience de Stency et toute la persuasion d’Eratsu, le pauvre restait pétrifié sur place en se cachant derrière les rochers.

Peut-être ais-je une idée, fis-je à mes compagnons. Ne voles pas trop vite, dis-je à Lokhaïl
Koli tsu, acquiesça le petit alien

La chenille s’éleva et fila dans la galerie à une vitesse relativement modérée. Le pauvre clone boitillant se mit à courir aussitôt à notre suite en poussant des glapissements d’effroi. Il fixait Giorgio d’un air implorant. Chacun fut saisi de pitié, tous mes compagnons fixaient l’infortuné en se sentant impuissants. La scène était presque insupportable, mais c’était le seul moyen que nous avions. Au bout d’une vingtaine de minutes, le petit être si vaillant trébucha et tomba avec un cri déchirant.

En voilà assez ! Cet enfant est épuisé, allons-y ! s’écria Panresu Avez-vous une corde ?
Eratsu lui en tendit une aussitôt, car il avait bien prévu que nous en aurions besoin.

Lokhaïl, qui ne voyait rien, ralentit la progression. Le pauvre clone, épuisé par son effort se releva en titubant, il tomba à genoux. Le véhicule s’arrêta. Panresu et Mellkit descendirent avec vigueur, Mellkit se précipita pour entraver le petit alien terrifié qui tentait encore de s’échapper. Ils le soulevèrent et le firent monter à bord. Le malheureux poussa des cris d’effroi lorsque notre avancée reprit.

Doucement, fit Panresu. Bois ce remède, il va t’apaiser, ordonna t-il en lui faisant prendre un soporifique à base de racines
Le jeune alien but la substance en tremblant. Il avait toujours envie de fuir, mais le fait que l’on s’intéresse à lui semblait le surprendre. Cela révélait que personne ne s’était jamais soucié de lui.

Il tomba profondément évanoui. Panresu demanda de l’aide, le jeune clone fut allongé sur un siège. Eratsu et moi-même avons déployé tout notre savoir faire pour nettoyer ses plaies. Ses pieds et ses chevilles étaient couverts de meurtrissures.

Ce fut ensuite à Panresu de retirer chaque débris de sable ou de roche. Il agit avec concentration, et étala de généreuses doses d’onguent cicatriciel sur ses jambes. Le remède sécha, formant comme une nouvelle peau pour protéger les lésions. En expert avisé, Panresu laissa certaines zones libres de suinter pour que les plaies ne s’infectent pas. Il y appliqua un agent cicatriciel et prophylactique uniquement. D’une manière générale, les plaies des aliens s’infectent très rarement. Il est possible de les recouvrir entièrement lorsqu’elles sont exemptes de débris. Ici, la plaie était trop avancée pour ce faire.

Un manteau et un chandail pour ce petit être si adorable, fit une dame alien en donnant un pull bleu et un habit violet minuscule qui lui allaient parfaitement. Je dois dire que tout ceci était dans mon sac ce matin et m’a beaucoup étonné !
Merci de tout cœur, fit Panresu en s’inclinant, reconnaissant la charmante apparition qui aimait ses lectures
La dame ne dit mot et rosit de plaisir, ce qui donna à son teint mauve une allure des plus magnifiques. Panresu semblait lui, incapable de prononcer un mot. Ne troublant pas la grâce de ces transports si bienvenus, nous avons échangé des regards complices ravis. Nous nous sommes empressés de vêtir le jeune alien, car certaines galeries étaient fort humides.

A cet instant, Giorgio est venu nous trouver.

Comment va t-il ? demanda le grand homme intimidé en regardant ses pieds
Il va bien, il est en stase, répondit Panresu, retrouvant ses esprits. Compte tenu de ce qu’il a traversé, je pense qu’il se réveillera dans deux jours. Cela est très normal pour les nôtres lorsque le corps est en état de choc. Il faut aussi que ses jambes guérissent. Je ne sais pas comment il a réussi à survivre, avoua t-il

Giorgio avisa le pauvre enfant si frêle, magnifiquement vêtu de bleu et de violet. Il était passablement honteux.

Puis-je faire quelque chose ? demanda t-il
Cet enfant tient à vous, fit observer Eratsu. Il a pris de grands risques en voulant nous rejoindre.
Je me suis conduit comme un benêt, hésita Giorgio. C’est de ma faute si ce petit a agi de la sorte…
Non, non, ne vous sentez pas coupable, mon ami. Cet enfant a subi bien des tourments et il est devenu pour ainsi dire sauvage. A présent vous pouvez veiller sur lui, exposa Eratsu avec bonté en lui tendant le petit alien. Il faudra essayer de lui donner à boire lorsqu’il s’éveillera. Il ne va pas rester éveillé longtemps, il est très affaibli.

Giorgio l’allongea dans un lit moelleux et resta à son chevet, très ému. Effectivement, en soirée, lorsque le jeune clone blessé s’éveilla, il lui donna à boire de l’eau mystérieuse. Sa respiration s’apaisa et il retomba dans un sommeil profond.

Le pauvre enfant, c’est le seul moyen que j’aie trouvé pour l’attraper, dis-je à mes compagnons. Le faire courir jusqu’à l’épuisement…
C’est une excellente idée, fit observer le sage Darsimen. Vous avez bien agi, il aurait été impensable d’abandonner un petit cœur si vaillant. Il existe nombres de prédateurs qui auraient pu lui faire du mal.

Mon sage ami se leva et alla relayer Lokhaïl aux commandes. Il n’y avait qu’eux deux qui comprenaient comment se manœuvrait notre chenille. Ils étaient les seuls à pouvoir la diriger, bien que les autres s’y soient essayés en vain. Panresu, qui semblait convaincu que Lokhaïl possédait quelque intuition pour piloter notre esquif, mais rien de plus, fut contraint de réviser son jugement. Il s’agissait de bien plus que cela, l’intelligence, le pur génie de ce jeune enfant était proprement effarant. Il lui permettait de déduire la fonction de chaque commande avec une aisance merveilleuse. Darsimen possédait la même habileté, mais son génie était surtout présent concernant les systèmes de propulsion. Il nous parla longuement de nombreux vaisseaux à la dérive qu’il avait pu rénover avec des compagnons aussi passionnés que lui. Comme il nous plaisait de l’écouter pour constater que son esprit éteint revenait se poser en sa conscience pour refleurir de lui-même !

Il en alla ainsi durant plusieurs jours. Notre progression était exceptionnellement rapide, grâce à l’intervention de nos amis pour démultiplier la propulsion de notre chenille.

Nous étions parvenus en un gouffre vertigineux où toutes les eaux de la Terre semblaient s’être donné rendez-vous pour se déverser et mes compagnons en perdirent la voix. Tout cela nous figea de stupeur, tant ces cataractes massives nous impressionnaient. La prescience de Darsimen nous épargna d’être heurtés, car de telles masses d’eau auraient englouti notre petit esquif en un éclair.

Notre ami pressentait un passage de l’autre côté de ce puits sans fonds, et il ne fut pas facile à atteindre par le jaillissement de trombes d’eau multiples, qui menaçaient de faire plonger notre petit vaisseau. Derrière notre chenille, notre second transport avec la bibliothèque de nos amies aliens suivait en produisant des bruits métalliques. N’ayant rien trouvé d’autre pour les protéger, nous avions retiré nos manteaux et les avions attachés autour des étagères, dans l’espoir que chaque livre serait préservé.

Soucieux de sortir de ce maelstrom, Darsimen avisa un boyau plus calme face à nous. Il y fit entrer la chenille et nous en sommes descendus avec soulagement. Panresu inspecta les livres. Ces derniers n’avaient rien, à part un peu d’humidité, mais nos habits étaient trempés. Une dame alien s’affaira avec des éponges et des chiffons à ôter toute trace d’humidité. Par chance, la galerie où nous nous trouvions dorénavant était chaude et sèche.

Toujours soucieux de se rendre utile Stency et les autres enfants décidèrent d’un commun accord de fabriquer une sorte de coffre étanche en plaques de blindage afin de protéger les livres précieux.

Les dames aliens furent très touchées de cette attention, elles remercièrent chacun des enfants.

Peu après cette traversée, nous avons eu le bonheur de voir notre jeune rescapé ouvrir les yeux. Le petit clone était très faible, mais il semblait plus serein. Panresu lui fit prendre aussitôt un reconstituant.

Le jeune être but le remède et eut la surprise de voir qu’il était vêtu d’habits propres et que ses plaies avaient été soignées. Il en parut très étonné, il fixa avec surprise Giorgio à son chevet, ses yeux luirent aussitôt de bonheur. Giorgio contemplait le petit alien comme s’il le voyait pour la première fois.

Le jeune alien nous fixa tous d’un air surpris. Il sembla réfléchir un instant et émit un couinement

– Niiim…liii—iinh

– Nimlin ? s’enquit Eratsu

Le jeune alien sourit largement

C’est un très joli prénom, émit Darsimen. Bravo à toi cher petit ! Sois le bienvenu dans notre belle famille.
Il se pencha pour embrasser le front du petit être. Tous ceux qui étaient présents dans la pièce firent de même, ainsi que Giorgio. Le jeune alien rosit de bonheur en tremblant d’émotion, il serra timidement la grande main de celui qu’il avait choisi comme père. Giorgio était figé de stupeur, il fixa d’un air abasourdi la main filiforme du petit reptile. Le frêle Nimlin le contemplait avec cette lueur de foi inébranlable, plus rien ne pourrait lui arriver de pénible à présent, uniquement des choses bénéfiques.

J’ai été ravi de conter la suite de ces aventures palpitantes. Le feu et l’eau se mêlent dans les tréfonds de la Terre, et nous avons du faire face à maints dangers. C’est à ces occasions que des liens d’amitié étroits se nouent entre les nôtres. Je vous remercie et vous salue, amis de la terre du dessus. Soyez en paix.

Votre ami le guérisseur Lestrys

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