Message du Professeur Zolmirel transmis par Aurélia LEDOUX

Lire la 1ère partie

Un mois plus tard, ma tante me mena en un centre d’essais, pour détecter les futurs explorateurs de l’espace. J’étais un très jeune alien d’à peine trois de vos années, environ. Cela ne veut pas dire grand-chose, car la maturité psychique et intellectuelle des nôtres vient très rapidement.

On me fit entrer dans un équipement imitant la poussée gravitationnelle la plus élevée. Les paramètres vitaux de mon corps étaient corrects, même si cela n’était pas fort agréable.

Une planète avait été détectée, expliqua un botaniste très joyeux à ma famille. Ils avaient besoin d’un enfant fort jeune pour orchestrer des projections télépathiques très pures.

On m’emmena chez ce botaniste et on me fit voir des images montrant une petite sphère blanche lointaine. J’en fus absolument ravi, je voulais faire ce voyage !

C’était ce à quoi j’aspirais, devenir un semeur de mondes moi aussi !

Il en fut donc décidé ainsi, grâce à mon enthousiasme. Je suivis des cours pour encourager mes projections télépathiques. Au bout de quelques semaines, tôt le matin, j’embarquais avec un mince bagage à bord d’un petit vaisseau, d’environ cent mètres de long, en forme de cylindre, effilé à son bout et doté de larges ailes.

Le temps était brumeux ce matin là.

Mon grand père est venu me dire au revoir, ce qui m’a bouleversé.

Profites bien de ce spectacle ! a t-il dit en riant
Je l’ai salué les larmes aux yeux, puis je suis monté à bord du navire, avec deux autres enfants très jeunes. Un sage alien et une biologiste joviale, nous menèrent à l’intérieur. Les autres enfants étaient un peu anxieux, j’aurais dû être comme eux, mais je ressentais cet appel venir de l’espace et m’envahir totalement.

On nous sangla à nos sièges et on nous fit prendre un sédatif. Puis, nos paupières se sont alourdies. J’aurais préféré assister au décollage, mais il devait en être ainsi pour protéger nos organismes fragiles de la translation dimensionnelle. Nous risquions autrement de dangereux dommages internes, car les parois de nos vaisseaux sanguins sont plus fines que chez les adultes.

Le compte à rebours a défilé, je résistais au sommeil engourdissant, le signal du départ s’est fait entendre, il y a eu une poussée brutale, puis de plus en plus vive. Le ciel est devenu bleu profond, puis tout noir, finement moucheté d’étoiles. Ensuite, d’autres poussées ont suivi et j’ai perdu connaissance.

Cela était tout à fait normal et bienfaisant. J’étais très jeune, je m’en suis tiré avec de légers épanchements au niveau des mains et des pieds.

L’ancien qui s’occupait de nous, m’a appliqué un remède avec beaucoup de bonté.

Durant le voyage on ne nous permit pas de regarder par les hublots, sauf en de rares occasions, car en phase d’immersion dans le supra, le spectacle des grandes arches stellaires est très impressionnant pour un jeune.

Les jours qui ont suivi, nous avons débarqué sur plusieurs astéroïdes.

Le premier petit corps stellaire avait une forme de torpille, avec des montagnes à l’extrémité, mais d’un seul côté. Nous nous sommes posés. La surface était blanche et poudreuse, il y avait de nombreux cristaux de glace sur ce petit monde sombre. Un peu plus loin, de l’autre côté d’un cratère, s’élevait une haute toute sombre parée d’éclats dorés, une station d’appontement pour les navires, occupée par des mineurs ou des ferrailleurs de l’espace visiblement.

Notre équipe a effectué des prélèvements de glace et est repartie bien vite. Certains mineurs n’aiment pas trop que l’on s’approche de leurs lieux de résidence.

Nous nous sommes posés sur un deuxième astéroïde, plus massif celui-ci, qui avait été cartographié comme une lune en devenir. La surface était également poudreuse, mais avec des stries régulières. La matière suivait une direction bien précise en fonction des vents de marée. Il faisait très froid à l’extérieur, mais l’atmosphère était respirable. Les adultes sont sortis, nous laissant avec l’ancien. Ils ont effectué des prélèvements de formes de vie microscopiques et nous les regardions, fascinés.

A leur retour, nous les avons aidés dans la salle d’études du petit vaisseau à grossir des échantillons de roche. Il y avait de la vie au cœur de la glace, une vie en dormance, mais bien réelle.

L’ancien nous invita ensuite à le suivre pour effectuer des travaux de recâblage et de soins des cultures. Nous étions vraiment ravis de faire comme les adultes. Il prenait son temps pour bien nous montrer chaque tâche. Il nous apprit que tout d’abord les plantes étaient essentielles. C’était elles qui épuraient entièrement l’atmosphère de notre navire. Ensuite, le fait de les cuisiner générait différents déchets et épluchures. Cela servait à amender le sol, mais aussi à produire du méthane, un gaz indispensable à la maturation de certains dispositifs énergétiques. Le vaisseau était alimenté en fluide plasmatique, un fluide photonique premier, qui précipitait la catalyse, puis l’hydrolyse, de certains composés, comme l’hydrogène, et l’hélium, interagissant avec le cristal de silicium. ( ?)

Cette réaction chargeait un très grand cristal, lequel alimentait ensuite un générateur magnétique et d’immenses réacteurs. Notre vaisseau était décorrélé de la matrice de l’espace- temps, puis recorrélé. Ces décrochages successifs nous permettaient d’acquérir instantanément une poussée-lumière satisfaisante.

Nos autres tâches à bord consistaient à cuisiner, lire et regarder des petites projections à caractère scientifique. Nous pouvions aussi bien sûr nous amuser à différents jeux ou activités sportives, comme des enfants ordinaires. Les serres étaient construites pour nous permettre de disposer d’une petite pelouse, où nous faisions de multiples cabrioles et où l’ancien nous attendait, en ayant préparé pour nous des pâtisseries délectables.

C’était un émerveillement sans fin de l’entendre nous raconter ses aventures, de nous expliquer comment fonctionnait le vaisseau. Il nous parlait des générations d’aliens explorateurs qui avaient patiemment cartographié l’espace.

Notre voyage dura environ trois de vos semaines, mais cela est difficile à dire.

Enfin, notre belle fut visible. Nous avons rétrocédé rapidement. Les panaches ondoyants, vertigineux, des grandes arches stellaires, ont fait place à des torrents de lumière, puis plus rien, la course des photons a cessé. Nous avons tous résisté, mais non sans mal. La rétrocession nous a causé d’affreux malaises. Cela fut heureusement tempéré par l’arrivée auprès de notre planète tant espérée. Il fut décidé que nous ne partirions l’explorer qu’en début d’après midi, le temps que nous nous remettions. Les adultes nous laissèrent la contempler tout à loisir.

Ils savaient que ce voyage avait été éprouvant pour nous et voulaient nous voir au sommet de nos capacités.

Peu après le repas du midi, nous étions tous d’aplomb et très enthousiastes pour débarquer !

Oui, il fut décidé sans attendre de faire une entrée dans l’atmosphère. C’était une belle toute blanche, timide et panachée de nuages.

Notre vaisseau ne parvenait pas à bien analyser la surface. Le mot « substrat solide » résonna dans le transpondeur orbital. Les sondocopes étaient saturés sous l’effet d’une énergie étrange.

L’ancien penchait pour une forêt de microcristaux ionisés et il ne se trompait pas.

En vérité, toute la planète en était couverte.

Un spectacle impensable se fit jour devant nos yeux, alors que nous longions les parois d’une haute montagne. Une forêt cristalline s’étendait à perte de vue.

Il eut été impensable pour nous de poser le vaisseau en endommageant ces superbes formations. Aussi, notre ancien décida t-il de gagner une région plus basse. Mais, là encore, des lacs de toutes les couleurs et des nappes d’acide, avaient donné le jour à une immense population minérale.

Nous sentions la vie à l’intérieur de chaque cristal. C’était une planète joyeuse, une planète qui nous appelait et souhaitait être peuplée sur le plan suivant, celui des formations végétales.

Notre vaisseau se stabilisa et put descendre en douceur sur une petite plage.

J’étais terriblement ému. Les adultes sortirent les premiers. L’ancien me tendit plusieurs outils et des bacs de plantes déjà apprêtées à être replantées. J’emportais les plantes et suivis les adultes. Tout le monde était silencieux, immensément heureux. Nous étions les premiers sur ce monde.

L’atmosphère était respirable, mais un peu piquante à cause de l’acide. L’ancien resta à bord, nous avons aperçu des torrents de soufre en contrebas. Le botaniste tout joyeux qui menait notre petit groupe, nous invita à monter. Nous avons escaladé une colline. Tout en haut, un plateau paré de cristaux magnifiques à perte de vue se révélait. Ce cristal ressemblait à du silex, dont le cœur aurait été bleu turquoise. La surface en était opaque, couleur ocre, ou adamantine, comme de l’opaline laiteuse. C’était un monde absolument sublime qui nous accueillait.

Nous étions vraiment très émus.

Nous avons gagné une petite grotte et y avons déposé des semis de jeunes algues. Puis, nous sommes revenus en un plateau sableux, plus dépourvu de cristal. Là, nous avons apprêté de nombreuses plantules et herbacées. Les adultes ont disposé des mousses en quantité importante et des plantes pionnières.

Ensuite, nous nous sommes assemblés, en cercle. Là, notre chant télépathique a résonné, ainsi que les enfants savent si bien le faire. La vibration a enflé en une extase immense, aimante, et infiniment bienveillante. Nous y mettions toute notre pureté d’enfants.

Un soupir mystérieux a retenti dans l’air. La belle nous répondait. Puis, les cristaux qui nous entouraient ont commencé à chanter, à miroiter comme de l’intérieur, de manière inexplicable. Ce chant magnifique a enflé en un crescendo immense. Un halo de douceur, de bienveillance inouïe, s’en échappait. Nous avons senti nos larmes couler. Chacun de nous a tracé des signes sacrés sur le sable humide, fraichement arrosé de nos petites mains.

Ces signes sont faits pour appeler l’énergie tellurique de la planète et l’encourager à habiter les racines des plantes.

Nous sommes retournés à notre petit vaisseau, un peu tremblants. Le ciel s’est chargé de nuages gris, puis il s’est mis à pleuvoir !

La belle saluait nos efforts !

Notre ancien a activé le décollage, ensuite, nous avons émergé de l’atmosphère en une trajectoire aisée, presque verticale.

Un chant sublime a résonné, au tréfonds de nos cœurs, en nos esprits pleinement offerts, vibrants, aimants. La planète nous remerciait d’être venus de si loin pour la bercer de plantes. Tout ceci nous a fait ressentir une immense joie. Nous nous sommes tous étreints, certains d’avoir fait là de très belles choses.

D’ici quelques générations, a expliqué notre sage, d’autres petits groupes de chercheurs viendraient semer de nouveaux foyers de peuplement végétal. Il fallait y aller doucement au début, nous dit-il.

Alors, notre petit vaisseau s’en est allé, laissant une pluie de lumière dans son sillage.

« A bientôt », a murmuré une voix féminine très douce

Nous sommes passés dans le stade vibratoire du supra. Nous nous sommes tous évanouis, ainsi que la fois précédente. Mais cette fois, après notre réveil, l’ancien a consenti à nous mener auprès du grand hublot et l’a ouvert pour nous. Je serrais très fort sa main ridée et vis alors un spectacle indicible.

C’était très grand, vraiment immense et très impressionnant, me donnant la sensation de tomber dans le vide. C’était le spectacle de la formation des mondes en accéléré. De hautes colonnes de matière interstellaire ondoyaient régulièrement, puis s’élevaient en iridescences jaunes, roses, bleues et pourpres, pour finalement aboutir à une pluie de petites sphères, qui étaient toutes surmontées d’un voile brillant, la suprême limite des couloirs interstellaires.

Ces colonnes de matière étaient vivantes, indubitablement, il y avait quelque intelligence fantastique à œuvrer ainsi à créer ces piliers de mondes, de bras galactiques en attente d’être parachevés. Mais l’ensemble était très déstabilisant, donnant une impression infinie de vertige, de n’être qu’un moucheron dans l’espace. Je serrais très fort la main de l’ancien.

Il masqua la vue et nous servit des petits beignets pour nous remettre.

Pourquoi cela est-il aussi vertigineux ? demandais-je au sage
Nous avons franchi la barrière du supra, nous ne sommes plus des poussières d’étoiles, mais des semeurs de mondes en mission, alors, la grande intelligence subtile qui gouverne les univers aime à nous montrer l’infiniment grand. Comme elle souhaite aussi que nous demeurions humbles, elle nous révèle la taille véritable du cosmos. Vous êtes de très braves petits, très vaillants et désormais des jardiniers de la vie. Je vous félicite tous les trois, a-t-il dit. J’aurai plaisir à voyager en votre compagnie pour d’autres missions.

Nous avons largement souri, immensément fiers d’être ainsi complimentés. D’autres remerciements et félicitations nous attendaient à notre retour, de la part de notre famille et des hauts scientifiques en charge du peuplement des mondes.

J’ai été immensément heureux de vous relater cette aventure, chère à mon cœur. Je me tiens en compagnie de trois petits aliens et je sais que ces derniers ont aussi apprécié cette grande communion entre nos deux peuples.

Je vous salue bien affectueusement,

Le professeur Zolmirel

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