Message du guérisseur Lestrys transmis par Aurélia LEDOUX

Le début de ce texte est disponible juste ici : Les hautes cavernes de Lumière (1/2)

Je m’avançais le cœur battant et reconnus aussitôt le petit Lokhaïl. Un être de Lumière agissait sur lui, et ses yeux demeuraient grands ouverts. Il était pourtant plongé en un profond sommeil. J’étais inquiet, car une partie de son visage avait commencé à devenir argentée, et je perçus combien les soins que les guérisseurs lui prodiguaient étaient complexes.

Nous sommes restés à le contempler de loin, murmurant des prières. Nous ne pouvions nous approcher, car il ne fallait pas interférer, nous dit Célia.

  • Normalement, il est hors de danger, nous annonça t-elle avec douceur. Sa trame émotionnelle est bien constituée, il n’y aura pas de pertes d’informations mémorielles. Cette étape est cruciale dans l’élaboration de son futur cerveau. Ce petit est si courageux, il a prouvé à sa race que celle-ci était apte à vaincre tous les possibles, en particulier l’enfermement.
  • Il est en train de faire un transfert de mémoires ? questionnais-je en avisant le guérisseur intensément concentré.
  • Oui, il en est bien ainsi. La trame psychique des gris est disposée suivant une sorte de ligne droite, avec des ramifications racinaires. Cette ligne est entrecoupée de fins maillages codés, qui constituent des algorithmes neuronaux. Les gris analysent tout ce qu’ils pensent, cela est classé précisément. Leur encodage de l’information est mathématique, ordonné, cloisonné de manière parfaite. Cet enfant a été confronté à des informations nouvelles, qu’il ne pouvait pas caractériser.

Nous sommes sortis de la grotte, rudement secoués. Là, Célia nous mena en un jardin et nous fit asseoir sur un banc.

  • Il y a bien des choses qu’il ne comprend pas et qu’il n’a pu analyser. En particulier pourquoi vous l’avez sauvé, pourquoi vous lui êtes venu en aide, dit-elle en me fixant. Ce n’est pas anodin !
  • Aurais-je du laisser périr un enfant ?
  • Bien sûr que non. J’essaie juste de vous dire que lui ne le comprend pas, il ne comprend pas les motivations de ce geste. Vous êtes d’un peuple différent !
  • Un peuple différent ? Mais bien sûr ! Ceux qui étaient responsables de la sécurité de ce petit l’ont lâchement abandonné ! Il ne portait même pas d’habits convenables ! Même pas de souliers ! Rendez-vous compte ? protestais-je avec énergie. Nous étions en une grotte avec des nappes brûlantes !
  • Oui, j’en conviens, émit Célia d’un ton plein de compassion. Vous ne vous êtes jamais demandé d’où venait cet enfant ?
  • C’est un petit mécanicien, comme il en existe certainement des millions d’autres dans les croiseurs longs courriers de l’espace. Ce croiseur a du avoir une avarie en un tunnel de lave, ou en un autre lieu. Et ils ont décidé de l’abandonner !

Célia cligna doucement des yeux avec une infinie bonté, elle saisit tendrement ma main et toute colère me déserta, faisant place à un sentiment d’amour infini.

Une belle paroi de roche se dressait près de nous et elle s’anima soudain, la scène était criante de vérité.

Un vaste croiseur métallique se posait en une grotte surchauffée, émaillée de nappes d’eau soufrée brûlante. Un contremaître inspectait la carlingue et aboyait de ordres. De petits silhouettes chétives se faufilaient en toute hâte auprès de blindages éraflés pour les remplacer. Lokhaïl était parmi eux et il accomplissait bien son devoir. Ils passèrent à d’autres parements. Le travail était long et fatiguant, les officiers à bord étaient assez anxieux, de la lave pouvait venir habiter ce lieu d’un instant à l’autre. Lokhaïl fixait craintivement l’intérieur verdâtre du navire, il avait peur de recevoir des coups s’il ne travaillait pas assez vite. Il se retourna avec effroi vers le boyau, au moment où des grondements menaçants résonnèrent.

Les petits clones redescendirent et alors, Lokhaïl perçut un faible éclat bleuté derrière la brume. Il avait très peur, mais la curiosité était la plus forte. Il traversa la brume et parvint au fond de la grotte. Là, dans une superbe corolle bleue phosphorescente, une plante inconnue s’épanouissait autour de stalactites et de stalagmites. C’était une forme de vie biominérale, entourée de plumets oranges et de tubes de calcaire blanc pur. Le petit alien ravi s’agenouilla et cligna des yeux face à ce superbe spectacle. Lui ne savait pas de quoi il s’agissait, mais il était certain que c’était là quelque chose d’extrêmement important.

La scène changea, les officiers de pont en panique virent une fumée dense d’approcher du navire, ils sonnèrent l’ordre de repli, tous les petits serviteurs graciles rentrèrent bien vite à bord. La porte se ferma et le vaisseau disparut. Dans leur précipitation, ils n’avaient point réalisé qu’il leur manquait une créature.

Une autre image se dessina, Lokhaïl pour une raison étrange, n’entendit pas le signal du départ, il continuait de contempler les autres plantes qui bordaient un long couloir faiblement éclairé. Il s’éloigna de plus en plus. Il frémit : au bout ce ce couloir une lumière dorée apparut, puis s’évanouit ! Il lui semblait que quelqu’un lui avait fait signe. Il sentait une présence. Pas de doute, quelqu’un vivait en cette caverne !

Il marcha d’un pas vif, voulant en avoir le cœur net, quittant avec résolution cette vie d’esclavage dont il ne voulait plus. Bien certain de se jeter dans l’inconnu, le petit alien enjamba avec courage plusieurs coulées de lave mineures, ses pieds meurtris bondissant sur des rochers brûlants.

Vint le soir et Lokhaïl baigna ses pieds dans l’eau apaisante de ce lieu étrange. Il s’endormit et s’éveilla plus serein. Une autre silhouette toute dorée était présente de nouveau auprès de lui, cette fois, la silhouette lui faisait signe, le passage débouchait en une zone bien plus claire, visible au loin.

Il réalisait peu à peu qu’il avait fait quelque chose de profondément illogique et de très dangereux. Il déboucha en une très haute série de galeries rosées de pierre superbe. Son errance dura deux jours entiers, il se perdit en ce dédale qui constitue les carrières de l’Ancien monde. Le petit alien était à bout de forces, il ne pourrait plus guère marcher bien longtemps. Sa situation n’était pas brillante, il avait essayé de boire l’eau de ce lieu, mais il avait l’impression de dépérir, son système vital était en train de s’arrêter peu à peu.

Il y eut subitement un éclat de lumière très vif, et Lokhaïl s’approcha avec vaillance d’un rocher, semble t-il fort ordinaire aux autres. Cette fois, il aperçut distinctement un groupe de deux voyageurs, accompagnés d’un minuscule alien gracile. Mais ces voyageurs étaient bien loin devant lui ! Ils venaient tout juste de traverser une nappe d’eau tiède. Sans hésiter, le petit clone plongea dans l’eau profonde et tenta de nager avec des cris aigus de désespoir. Il allait se noyer, lorsqu’une corde jaillit près de lui…

Les images merveilleuses s’évanouirent et je fixais Célia avec l’air de quelqu’un qui vient de se trouver au paradis. J’embrassais sa joue avec émoi. Elle me serra très fort près d’elle et se mit à choyer le petit Stency.

  • Comment donc avez-vous fait cela ? Demandais-je, empli de stupeur
  • J’ai approché de sa trame émotionnelle. De ses mémoires. Nos mémoires nous entourent en permanence et sont une base de données fantastique. Lorsque quelqu’un parvient à y entrer, à les expliciter, à en trouver de l’intérêt, alors on peut guérir. Et justement, vous vous êtes tout de suite intéressé à cet enfant, malgré les enseignements de votre peuple.
  • C’est vrai. Pour les nôtres, Lokhaïl était un « suivant », et nous en avons très peur, en vérité. Le clonage d’êtres identiques est une hérésie, c’est formellement interdit, car cela divise l’âme première en autant de fragments, cela affaiblit la sphère émotionnelle de l’être.
  • Cet enfant a été bien guidé, jusqu’à vous.
  • Par un Passeur ?
  • Oui, fit Célia. Et nous rencontrerons l’un d’entre eux très prochainement. Les passeurs sont très importants. Ils arrivent à connecter aisément de nouveaux réseaux de galeries les uns aux autres et ils détournent la lave des zones habitées avec art.

Nous nous sommes levés et sommes revenus à l’entrée du jardin féerique, en ayant abondamment fait provision de fruits.

Célia nous entraîna à sa suite comme à l’aller et nous nous sommes retrouvés face à notre petite tour. L’ardeur du soleil déclinait et un ciel bleu ardoise paré de fuchsia resplendissait sur les montagnes. Je saisis la main de Stency et nous sommes entrés à l’intérieur. Nos compagnons nous firent bon accueil, ayant récolté de nombreux cèpes de taille mémorable, mais aussi une variété laiteuse de ce que vous nommez l’agaric, ainsi que des amanites nombreuses et succulentes de coloris variés. C’était là promesse de festin et nous avons préparé aussitôt les fruits fraîchement cueillis à leur intention.

Peu après ce joyeux moment, nous étions tous prêts à nous attabler. Le récit des péripéties du vaillant petit Lokhaïl habita mes compagnons d’une grande admiration pour cet enfant qui avait osé venir jusqu’à nous.

Le soir vint et nous nous sommes remémorés nos lointains voyages avant de trouver ce havre de paix.

Je vous salue très amicalement, bienheureux lecteurs du Monde de la surface. Soyez bénis entre tous pour suivre notre traversée,

Le Guérisseur Lestrys

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