Les sirènes ont l’apparence de très belle femme de la taille jusqu’au sommet de la tête, tandis que le bas du corps est recouvert d’une queue de poisson couverte d’écailles.

Elles vivent dans les mers et océans, plus précisement sur les rochers situés à proximité des côtes. A l’approche des bateaux, elles chantent si merveilleusement qu’aucun mortel ne peut résister à la tentation de les rejoindre dans leur demeure marine, ce qui cause la mort des marins en mer, et le naufrage des navires.

Leur beauté et leur sensualité fatale personnifient les séductions et les dangers de la mer.

Le liber monstrorum ( le livre des monstres ) manuscrit anglais du VII°siècle ou du IX°siècle, en donne la description suivante :

Les sirènes sont de jeunes vierges marines qui séduisent les marins à l’aide de leurs formes splendides et de leurs chants merveilleux. De la tête jusqu’au milieu du torse elles ont des corps en tout point identique à ceux des femmes ; pourtant, elles ont en dessous des queues écailleuses de poisson, qu’elles gardent toujours cachées dans l’eau, dans les vagues.

Vouées à l’érotisme et à la sexualité, mais aussi à l’art, à la musique, au chant et à la divination, ces créatures ne sont pas immortelles ; selon Hésiode elles peuvent tout de même vivre 291 600 ans dans un état de perpetuelle jeunesse.

D’OU VIENNENT ELLES

L’origine des sirènes n’est pas établie de façon certaine. On dit toutefois qu’elles sont les filles du fleuve Acheloüs, représenté comme un homme à queue de poisson, et des muses, en tout cas de l’une d’entre elles : selon la mythologie Gerhardt, il s’agirait de Melpomène, la muse du courant harmonieux, Terpsichore, la muse de la danse des ondes , ou de Calliope , à la très belle voix . D’autres chercheurs disent qu’elles sont les filles de la déesse de la memoire, Mnémosyne.

Claude Nicaise, un auteur du XVII°siècle dit qu’elles sont nées du sang de la corne d’abondance, à la suite de la lutte d’Hercule avec Acheloüs.

LEUR RESIDENCE

A l’extremite de la presqu’île de Sorrente se trouvait des sirènes, là où les anciens localisaient la résidence habituelle des filles de la mer, sur des rochers nommés îles Sirénuses, citées par Aristote. Claude Nicaise situe plutot le séjour des sirènes sur la ville de Naples.

Dans les légendes du folklore marin, les sirènes vivent dans un monde sous marin où se tiennent leurs palais merveilleux, dans lesquels elles entraînent leurs amants mortels

sirene 2

LES NOMS DES SIRENES ET LEUR SIGNIFICATION

AGLAOPE : celle qui a un beau visage brillant

AGLAOPHONE : Celle qui a une voix superbe

LEUCOSIE : la blanche créature

LIGEIA : celle qui pousse un cri perçant

MOLPE : Celle qui chante des mélopées

PARTHENOPE : Celle qui a un visage de jeune fille.

PEISINOE : Celle qui est persuasive

RAIDNE : celle qui est en progrès

TELES : la parfaite

THELXINOE : celle qui adoucit l’âme par le chant et la musique

THEXEPEIA : Celle qui prononce des paroles apaisantes

THELXIOPE : Celle qui a un visage convaincant.

LES ATTRIBUTS DE LA SIRENE

Le miroir : les sirènes sont souvent occupées à se regarder dans un mirroir. On a voulu y voir un signe de leur vanité, de leur narcissisme et de leur coquetterie.

En fait, ce miroir symbolise la planète Vénus dans la tradition astrologique. Aphrodite, née de l’écume de la mer et déesse grecque de l’amour des arts et de la fécondité est souvent représentée avec un miroir.

Elle est malgré son absence de queue de poisson, l’ancêtre des sirènes et la protectrice des marins. La chevelure et le peigne d’or :

Les sirènes ont toujours une chevelure opulente et abondante, symbolisant leur fort potentiel érotique et amoureux . Elles passent leur temps à se coiffer avec des peignes d’or, symbolisant le sexe féminin. Les mots kteis en grec , pecten en latin et pettigone en italien désignent à la fois le peigne et le pubis.

Au XIII°siècle, le mot français séran, dérivé de sirène, s’appliquait à un peigne servant à démêler la filasse de chanvre ou de lin. Ismaël Mérindol révèle que si les sirènes passent autant de temps à se peigner leurs cheveux, c’est qu’il s’agit pour elles d’une zone particulièrement étérogène ; le fait d’y glisser un peigne leur procure ainsi un plaisir incomparable.

LES SIRENES AILEES

Leur chant vient du fait qu’à l’origine les sirènes de l’antiquité grecque étaient non des femmes poissons mais des femmes oiseaux dotées de serres puissantes, parfois de pattes de lion.

sirene 3Ces sirènes avaient des visages de jeunes filles mais des pattes et des plumes d’oiseaux. L’une des nombreuses raisons invoquées pour justifier cette forme curieuse évoque une punition d’Aphrodite, qui les métamorphosa en oiseaux parce que, par orgeuil, elles avaient toujours refusé de faire don de leur virginité à un dieu ou à un homme.

Une autre légende veut que les sirènes soient les suivantes de Proserpine, la fille de Ceres. Elles avaient laissé enlever leur maîtresse par Pluton pour être conduite aux enfers. Pour punir les sirènes de leur manque de vigilance, Céres les auraient changées en oiseaux à tête de femmes. Ovide, dans ses Métamorphoses y voit au contraire une récompense des dieux.

Ces sirènes d’air n’étaient pas toujours bienveillantes, loin de là. On dit qu’elles s’abattaient comme des oiseaux de proie sur les soldats en marche ou les marins en mer.

COMMENT LES SIRENES ONT PERDU LEURS PLUMES ET GAGNé LEUR QUEUE DE POISSON

Les sirènes furent conviées à un concours de chant les opposant aux muses dont elles étaient les filles. Ce concours, présidé par Héra, fut favorable aux sirènes, dont la voix était plus belle. refusant d’admettre leurs défaites, les muses se ruèrent sur les sirènes pour leur arracher les ailes et s’en faire des couronnes. Désormais, incapables de voler, les malheureuses sirènes se précipitèrent dans les vagues de la mer.

Apolonios de Rhodes, dans les Argonautiques, narre ainsi la défaite des sirènes :
Les sirènes sur leur rocher neigeux jouaient de la flute et de la lyre. Elles soupirèrent profondément puisque la triste destinée d’une mort fatale approchait, et du haut de leur rocher elles se précipitèrent dans les profondeurs de la mer rugissante. Leur corps prirent eux-mêmes la forme de rochers.

Mais toutes ne furent pas métamorphosées en roches. Les survivantes, sous la forme de femmes poissons, demeurèrent au bord des rivages ou près des récifs à fleur d’eau pour guetter les marins et les séduire par leur chant afin de mieux les attirer au fond de l’eau.

Car les sirènes sont de grandes amoureuses. D’ailleurs, dit-on, si la mer est salée, c’est qu’elle est remplie des larmes des sirènes en mal d’amour.

LE CHANT DES SIRENES

Dans l’odyssée d’Homère, si Ulysse parvient à écouter sans dommages le chant des sirènes, c’est parce que, sur les conseils de la magicienne Circé, il s’est fait attacher au mât de son bateau, tandis que les marins continuent la manoeuvre, les oreilles bouchées avec de la cire.

Sirenes_Ulysse_Vase-Le chant des sirènes est en effet fatal aux marins, qui se laissent séduire par lui. Perdant instantanément l’esprit, ils se jettent à l’eau et se noient. Les cruelles sirènes dévorent leur coeur et emportent leur âme, tandis que les bateaux laissés à la dérive vont se fracasser sur les rochers.

Cette mort horrible est pourtant ressentie comme une jouissance par leurs victimes. Martial (40-103) parle de la souffrance hilare des marins, mort douce, plaisir cruel. Claudanius (370-404) ajoute :

Leur musique sacrée, aimable danger de la mer, représentait une terreur agréable parmi les vagues. Le vent caressant s’attardait sur la quille du navire, tandis qu’une voix surgie de l’arrière, envahissait l’espace. Les marins ne désiraient plus emprunter le chemin sans danger du retour. Mais ils ne souffraient pas ; la joie elle même apportait la mort.

Pour Plutarque, le chant des sirènes en réalité, est un réconfort pour celui qui est promis à la mort : Le chant des sirènes, loin d’être inhumain et meurtrier, apporte aux âmes migrant de la terre vers l’autre monde, et qui errent après la mort, l’oubli de ce qui est éphémère et un amour de ce qui est divin. Et les âmes captivées par l’harmonie de leurs chants, suivent cette part divine et s’attachent à elles.

La sirène s’apparente alors moins à un démon assoiffé de sexe et de sang, et voleur d’âme, qu’à un ange gardien. La femme poisson retrouve alors ses ailes.

LA SERAINE ET LA SERRE MEDIEVALES

Sirène vient du latin siren , qui a donné serena, serein, sereine. Au Moyen Age, les sirènes étaient couramment appelées seraines, en hommage à leurs chants doux et mélodieux. Elles apparaissaient dans les bas reliefs des églises romanes comme des symboles sexuels et des incantations de la luxure. Ainsi, elles sont souvent représentées avec une queue de poisson double qu’elles tiennent largement écartée en s’aidant des deux mains, en des poses lubriques et lascives.

sirene romaneCes sirènes tentatrices ornent aussi bien les lettrines des manuscrits que les blasons et armoiries, les mosaïques et les vitraux, les bénitiers, les bois sculptés que les bas reliefs de pierre. Parfois, on les représente couronnées, ou portant leur enfant dans les bras.

Ces sirènes romanes incarnent magnifiquement la féminité, avec ses grâces et son potentiel de fécondité mais aussi, aux yeux de l’église ses dangers et ses tentations. Richard de Fournival établit une classification entre les différentes types de sirènes :  » Il existe en effet trois espèces de sirènes , dont deux sont moitié femme et moitié poisson, et dont la troisième est moitié femme moitié oiseau. Et les trois espèces sont musiciennes : les unes jouent de la trompette ,, les autres de la harpe, et les dernières chantent d’une voix de femme. Et leur mélodie est si agréable qu’il n’est aucun homme qui puisse les entendre, si loin soit-il, sans être contraint de venir auprès d’elles. Et lotrsqu’il est tout près, il s’endort ; et quand la sirène le trouve, elle le tue « .

Les bestiaires médievaux évoquent aussi une variété de sirène baptisée serre, femme à queue de poisson en forme de fleur de lis, dont les poignets et les coudes sont prolongés de plusieurs ailes. La sirèen dessinée dans le bestiaire de Cambridge, datant du XII°siècle, est dotée tout à la fois d’une queue de poisson, de serres d’oiseau et d’une jupe formée d’un mélange de plumes et d’écailles.

Symbolisant la femme impure et lascive, la sirène était considérée comme une prostituée dans l’Angleterre elisabéthaine. Selon Brunetto Latini  » Les sirènes étaient trois prostituées qui faisaient tomber dans leurs pièges tous les passants et les réduisaient à l’état de pauvreté. Si l’histoire dit qu’elles avaient des ailes et des griffes, c’est pour symboliser l’amour , qui vole et frappe ; et si elles demeurent dans l’eau, c’est parce que la luxure est née de l’humide « .

LES SIRENES DU MAUVAIS TEMPS

Les marins disent que l’apparition d’une sirène annonce toujours du mauvais temps. En basse Bretagne, on pense qu’il suffit de voir une sirène nue, ou de la toucher même involontairement, pour déclencher une tempète. Selon d’autres croyances, les sirèens ont le pouvoir d’emmener leurs victimes au fond de leur palais sous marins. C’est le cas notamment de la sirène du_ fort La Latte, qui a causé la disparition de maints jeunes gens. Dans le sud du Finistère, on redoute plus quetout le chant de la Mac’harit argwall amzer, Marguerite du mauvais temps, qui a le pouvoir de mettre la mer en furie.

LES SIRENES PROTECTRICES

Il faut attendre la renaissance pour que les sirènes perdent leur sinistre réputation de prostituées et de démons pour devenir les protectrices des marins, ornant de leurs effigies charmantes les cartes marines – au milieu des océans, on trouvait cette mention : « Hic sunt sirenae, Ici sont les sirènes – les armoiries des villes portuaires et les proues des navires, dont elles étaient les seules représentations féminines tolérées. Leurs couleurs étaient souvent le bleu et l’or, ce qui les assimilait à des madones.

De même, les mermaids ( vierges marines ) anglo-saxonnes sont considérées comme bienfaisantes. Jusqu’au XX°siècle, une loi maritime anglaise réclamait d’ailleurs, au bénéfice de la couronne d’Angleterre toutes les sirènes trouvées dans les eaux anglaises.

LE TEMOIGNAGE DES MARINS

Au temps des grandes expéditions maritimes, à partir du XV°siècle, de nombreux témoignages de voyageurs et de marins semblent attester l’existence des sirènes de mer. Ainsi, dans sa Relation des voyages de Christophe Colomb, l’évéque Bartholomé de Las Casas affirme que Colomb aperçut des sirènes : « Le mercredi 9 janvier 1493, cotoyant l’île de Saint domingue, il vit trois sirènes. Elles s’élevaient beaucoup au dessus du niveau de la mer… Mais elles ne lui parurent nullement belles  »

Le jésuite Charlevoix a émis l’hypothès, sans doute juste , que ces prétendues sirènes étaient en réalité des lamantins, cétacés au visage humainoïde mais laid, long de 3 à 4 mètres ou bien des dugongs. Les marins espagnols surnommaient ces deux espèces les poissons femmes car lamatins et dugongs poussent des lamentations, évoquant la voix humaine ou le chant des sirènes.

LES SIRENES RECONNAISSANTES

A Guernesey et en basse Bretagne, de nombreux témoignages attestent l’existence de ces femmes poissons. Ainsi un vieillard de Guernesey , se trouvant au sommet des falaises, affirmait avoir contemplé une compagnie de 6 sirènes allongées près du bord de mer. Il se precipita pour le voir de plus près mais, effarouchées, les sirènes se jetèrent à l’eau et disparurent. De même, une sirène de Bretagne se tenait dans la baie de la Fresnaye ; c’est là qu’on pouvait entendre sa voix mélodieuse et voir la trainée lumineuse qu’elle laissait sur son passage.

Il faut cependant prendre garde à ne pas toucher la chevelure des sirènes que l’on remet à l’eau, si l’on ne veut pas être victime de ses sortilèges. Une sirèen qu’un pêcheur vendéen s’apprêtait à remettre à flot prit la peine de l’en prévenir :

Porte moi dans tes bras , pourvu que mes cheveux
Ne touchent pas ta main , sois sans inquiétude
Mais tes doigts ne pouraient jamais s’en détacher
S’ils effleuraient , hélas ! ma chevelure blonde
Je devrais , malgré moi dans ma grotte profonde
T’entraïner sans que rien puisse m’en empêcher.

Dans la plupart des récits du folklore, les sirènes sont reconnaissantes aux mortels qui les remettent à l’eau lorsqu’elles se sont échouées sur le rivage. Elles offrent un trésor caché sous une pierre. La sirène sauvée par la mère du héros breton Rannou lui avait remis, pour son fils, une coque remplie d’une liqueur magique ; grace à elle, Rannou devint le plus fort et le plus puissant des hommes.

Les contes populaires prennent le relais de cezs bienfaits légendaires : ainsi, une sirène vient chaque jour demeler les cheveux blonds du roi de Roumanie tombé à l’eau. Une autre emmène dans son palais sous marin une jeune fille jetée à la mer par sa mauvaise nourrice et lui confie un onguent magique qui lui permettra de ressusciter son frère.

SOURCE : http://aldaria02.centerblog.net/

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