Le champ magnétique et la limaille

Olivier Clerc

Imaginez une petite table de camping pliable en Formica. Sous son plateau a été dissimulé un aimant. On demande ensuite à une personne munie d’une salière remplie de limaille de fer, de couleur noire, d’en saupoudrer le dessus de cette table. Elle a alors la surprise de voir ces fines particules de fer non pas tomber au hasard sur la surface mais s’organiser en un motif très ordonné qui ne doit rien au hasard.

Le champ magnétique de l’aimant, quoi qu’invisible, va en effet agencer l’ordonnancement de cette limaille en fonction des lignes de force qui réunissent ses deux pôles.

Imaginez, maintenant, que cette personne, insatisfaite du motif ainsi formé, le balaie du revers de la main, avant de saupoudrer à nouveau la même surface avec une autre salière contenant une limaille teintée de bleu. Immanquablement, les nouvelles particules de fer vont s’organiser selon les mêmes lignes de force et former un dessin très ressemblant au premier, mais de couleur bleue, cette fois.

Si, en revanche, quelqu’un écarte ou rapproche les pôles de l’aimant placé sous la table, ou s’il y dispose deux pôles de même polarité, instantanément les particules de limaille de fer, de quelque couleur qu’elles soient, vont modifier leur arrangement pour refléter la modification sous-jacente du champ magnétique.

Cette expérience, que beaucoup d’enfants ont faite avec émerveillement à l’école ou chez eux, est une excellente métaphore de phénomènes que l’on observe dans de nombreux domaines d’activité humaine.

Elle nous apprend, en effet, qu’un événement parfaitement visible peut obéir à des influences invisibles mais néanmoins probantes.

Quand nous ne prenons pas en compte ces influences subtiles, les tentatives que nous entreprenons pour modifier la partie manifeste du phénomène restent infructueuses ; les mêmes schémas se reproduisent invariablement. Si nous voulons effectuer un changement véritable, il nous faut donc intervenir sur les causes profondes, non visibles.

Le champ d’application de cette métaphore est immense, tant nous avons pris l’habitude aujourd’hui d’offrir des solutions superficielles à des problèmes de fond, de ne prendre en compte que la part matérielle, tangible, mesurable des phénomènes que nous étudions.

Ainsi, que ce soit en médecine, dans l’agriculture, dans l’éducation ou en politique, nous nous efforçons de remédier aux difficultés qui se présentent en agissant sur les symptômes, tout en négligeant les causes profondes dont ceux-ci sont le reflet apparent.

Mais le champ magnétique et la limaille existent tout d’abord en chacun de nous, et c’est là que nous avons intérêt à les mettre en évidence.

En nous, le champ magnétique est constitué de l’ensemble de nos croyances : pas seulement nos croyances conscientes – la religion, la philosophie, le courant de pensée auquel nous adhérons – mais aussi et surtout l’ensemble des a priori, des valeurs, des préconceptions et des croyances implicites que nous avons développées en grandissant (sans les vérifier) ou que nous avons hérités du milieu dans lequel nous avons vécu (famille, environnement social, pays).

Nous ne croyons pas seulement à des dogmes religieux. Nous croyons à nos propres fantasmes, à ce que nous susurrent nos peurs, à ce que les autres nous ont dit de nous-mêmes et du monde. Nous croyons en certaines idées politiques, à une conception donnée de la médecine, à des valeurs culturelles et sociales, à ce qui est écrit dans les journaux, à une multitude de choses dont la plus grande partie est d’ailleurs inconsciente, sauf si nous avons entrepris son objectivation consciente.

Notre « champ de croyances », comme on peut le nommer, exerce une influence puissante et incessante sur notre façon d’être, sur nos perceptions et également sur notre manière de penser et d’aimer.

La « liberté de penser » que notre société vénère au dernier degré est en large partie un leurre, dans l’état actuel des choses. Ce leurre est caractéristique d’une époque qui voue un culte à l’intellect en méconnaissant, malgré les travaux de la psychologie et de la psychanalyse (et, avant elles, de diverses traditions spirituelles), toutes les influences subconscientes et inconscientes qui s’exercent sur notre prétendue « libre » pensée.

De même que la tête ne saurait vivre indépendamment du corps, notre intellect ne pense pas indépendamment de ce qui se passe dans notre cœur (l’affectif) et notre corps, tant au niveau conscient qu’inconscient.

Autrement dit, notre liberté de pensée est en réalité limitée à notre champ de croyances. Celui-ci délimite un espace aux frontières aussi invisibles qu’infranchissables, hors desquelles notre pensée ne parvient guère à s’envoler.

Dans La Guerre des étoiles, George Lucas illustrait à merveille cette relation entre champ de croyances et liberté de pensée : certaines planètes y étaient entourées d’un bouclier magnétique, de sorte que les vaisseaux spatiaux ne pouvaient évoluer qu’à l’intérieur de la sphère invisible qu’il formait, sauf si quelqu’un le désactivait.

De même, tout vaisseau extérieur à la planète, tout intrus, ne pouvait pas non plus en pénétrer la frontière invisible, mais tangible. C’est à mes yeux une belle métaphore de cette autre sphère dans laquelle évoluent nos pensées, délimitée par nos croyances et imperméable aux idées qui sortent de son champ d’influence.

Si pour les poètes la pensée a des ailes, notre champ de croyances en est la cage et nos peurs, ses barreaux les plus solides. Il n’y a pas de vraie liberté de pensée sans liberté de croyance, c’est-à-dire sans prise de conscience des croyances qui agissent sur nous. Il ne s’agit pas nécessairement de renoncer à nos croyances, mais tout au moins d’objectiver l’influence qu’elles ont sur nous, pour ne pas en rester prisonnier.

Pour cela, il nous faut également venir à bout des peurs qui galvanisent ce bouclier de croyances, dans la sphère duquel nos pensées tournent en rond, et qui nous empêchent de le désactiver pour explorer de nouveaux territoires.

Chez celui qui n’a pas fait un travail de mise au jour du filet invisible de croyances qu’a tissé en lui son éducation, la pensée est un oiseau retenu par un fil à la patte, qui n’évolue que dans un espace circonscrit et limité. Même le cerveau le plus brillant, le mieux entraîné, n’est pas à l’abri de ces influences invisibles.

En science, en politique, en économie, partout on voit des exemples de grands « penseurs », d’hommes et femmes de génie, dont les travaux ont cependant été biaisés, limités ou dénaturés par leur champ de croyances demeuré inconscient.

Les biographies de personnages comme Darwin, Mendel, Einstein, Freud, Pasteur et tant d’autres ne laissent aucun doute sur ce point. On ne peut le leur reprocher, dans la mesure où la formation des scientifiques ne leur enseigne pas plus aujourd’hui qu’hier à se connaître eux-mêmes, afin de libérer leur pensée de ces influences souterraines qui parasitent leurs travaux.

Si nous voulons effectuer un véritable changement en nous, nous devons donc agir sur ce champ sous-jacent et pas seulement sur la surface des choses.

On peut changer de travail, changer de mari ou de femme, changer de pays, changer de religion même, tout en conservant le même champ de croyances… lequel aura tôt fait de reconstruire autour de soi la copie conforme de la situation que l’on a fuie ou que l’on espérait changer.

Une femme battue divorce et retrouve un mari qui la bat. Un employé harcelé quitte son travail et retombe dans une autre entreprise qui le harcèle. Un croyant fuit les restrictions imposées par sa religion pour en adopter d’autres plus exotiques, mais tout aussi contraignantes, et ainsi de suite.

Dans chacun de ces cas, la limaille de fer a changé de couleur, mais elle ne manque pas d’adopter la même configuration qu’auparavant. « On change, on change, mais c’est toujours la même chose », a-t-on coutume de dire en France, une expression qui reflète à quel point sont vains les changements qui n’affectent que la surface.

On voit ici toutes les limites du seul travail conscient, du seul travail sur ses pensées : pensée positive, compréhension intellectuelle de ses comportements, affirmations. Si notre cœur n’est pas touché, si nos émotions ne sont pas prises en compte, si nos blocages ne sont pas levés, si nos peurs subsistent en profondeur, si nos croyances restent inconscientes, notre changement demeurera superficiel et ne durera pas.

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de nouvelles psychothérapies prennent en compte toutes les dimensions de l’être humain – esprit, intellect, affectif et corps –, afin de produire du changement en profondeur dans son champ de croyances.

Chez celui qui prend le temps de faire ce travail en profondeur, d’agir sur son propre « champ de croyances », les changements de surface tendent au contraire à apparaître d’eux-mêmes, comme une conséquence naturelle de ce qui a débuté dans son for intérieur. Quand on se transforme en profondeur, on modifie les relations que l’on a avec soi-même, tout d’abord, puis avec ses proches, avec ses parents, amis et collègues.

En l’espace de quelques années, parfois plus rapidement, les personnes qui effectuent une telle métamorphose intérieure constatent que tout leur environnement change spontanément lui aussi : nouvelles opportunités professionnelles, nouveau cadre de vie, nouvelles relations avec leur conjoint (ou nouveau conjoint, selon le chemin suivi par chacun), sans qu’elles n’aient décidé ni voulu cela consciemment.

De manière générale, la métaphore du champ magnétique et de la limaille de fer nous montre que les changements superficiels ne durent pas davantage que de l’or plaqué sur une surface non préparée à le recevoir et qui finit par tomber. Dans le meilleur des cas, lorsque nous imposons ce changement, lorsque nous greffons de force une nouvelle forme sur un fond qui ne lui correspond pas, nous aurons momentanément l’illusion d’avoir réussi à changer les choses, le temps que cette transformation de surface s’use, s’effrite et disparaisse, laissant à nouveau se manifester le même fond inchangé.

Extrait de « La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite… et autres leçons de vie » de Olivier Clerc

http://www.vivresanslimites.org/

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