Etre en relation avec nous-mêmes c’est d’abord tendre l’oreille vers notre monde intérieur, écouter, s’écouter. Notre monde intérieur ?

Un univers inconnu en grande partie, fait d’un corps incroyable plein de rouages subtils et de cicatrices roses, d’un cœur pétri, cabossé, tour à tour élargi ou rétréci par la vie, d’un mental compliqué, toujours en alerte voire inquiet, et de mille chemins qui relient corps, cœur et mental, de mille portes qui s’ouvrent vers le dehors et répondent, appellent ou refusent les liens avec ce dehors.

« À partir de la naissance chaque visage est façonné par toute une vie de désirs refoulés, de tourments cachés, de mensonges entretenus, de cris contenus, de sanglots ravalés, de chagrins niés, d’orgueil blessé, de serments niés, de vengeances caressées, de colères rentrées, de hontes bues, de fous rires réprimés, de monologues interrompus, de confidences trahies, de plaisirs trop vite survenus, d’extases trop tôt évanouies.» Nous avons à connaître, à reconnaître ces souffrances, ces fonctionnements, ces dons, ces rêves qui constituent l’individu que nous sommes, et à établir ainsi une relation avec ces aspects de nous-mêmes.

Notre monde intérieur révèle aussi un univers beaucoup plus grand que tout ça, beaucoup plus mystérieux encore, ce que nous sommes vraiment, l’Être. Le chemin de la relation avec soi-même devient donc toute une aventure, jamais aboutie si ce n’est dans l’instant, la même aventure qu’être en relation avec un autre ou la vie ou le divin.

Il s’agit de vivre avec soi, d’être avec soi et de rester respectueux devant le mystère de l’être humain que nous sommes, devant l’inconnu qui y demeurera toujours plus grand, bien plus grand que le connu, face à cet autre que nous sommes aussi pour nous-mêmes.

Notre mode habituel de conscience est un mode assez limité, réducteur, qui est constitué d’un mouvement incessant de pensées et de fantaisies liées à nos besoins et nos défenses. Ce mouvement influence non seulement nos comportements, mais aussi nos perceptions. Apprendre à s’écouter consiste aussi, et sans doute d’abord, à tendre l’oreille vers notre corps : écouter, ce mouvement choisi vers le corps, et entendre, c’est-à-dire recevoir, sentir, reconnaître. Nous apprenons à écouter, et à entendre donc, avec tous nos sens qui nourrissent notre attention et mus par notre intention d’accueil et de connaissance de nous-mêmes.

Toutes les pratiques corporelles de conscience (yoga, taiji quan, méditation, relaxation) développent cette capacité d’attention et c’est en cela qu’elles sont tellement utiles sur un chemin de relation à soi. Elles enseignent à épouser son corps tous les jours, pour être entier, en réunissant le regard, la conscience, et son écrin, le corps. Car sans corps la conscience se perd et sans conscience le corps n’est plus qu’un poids et nous sommes à la merci de ses mouvements intérieurs, sans gouvernail.

« Dans la citadelle du corps il y a un petit étang. Et sur cet étang, il y a un lotus. Et dans ce lotus il y a un espace. Qu’est-ce qui vit dans ce petit espace au coeur du lotus ? C’est cela qu’il nous faut découvrir. »

En écoutant le corps donc, nous entendons : nous contactons les sensations physiques (articulaires, musculaires, organiques) et les sensations énergétiques, les émotions, les sentiments. Nous sentons, nous reconnaissons tout ça de plus en plus finement, nous pouvons y donner de la place, autoriser ça à exister comme partie de nous. C’est ainsi que nous pouvons aussi laisser s’installer peu à peu une distance et donc une relation avec tout ce que l’on repère à l’intérieur.

Nous pouvons même décider d’être plus conscients de nos pensées. Et c’est particulièrement important car nos pensées, nos croyances, créent littéralement notre réalité.

Dans cette attention à nous-mêmes, nous apprenons à distinguer les ressentis — sensations, émotions, sentiments — et les pensées. L’attention s’élargit, tous nos sens et toute notre capacité à sentir s’ouvrent, se développe, depuis le corps, depuis le cœur et depuis tout ce que nous sommes.

Il y a donc d’abord celui ou celle qui peut choisir d’écouter, de sentir, d’être conscient de son monde intérieur. Et puis, comme dans toute relation, après l’écoute, il y a aussi la possibilité d’engagement : se dire, reconnaître, choisir, poser des actes. Nous pouvons ainsi décider par respect pour nous-mêmes de prendre du temps pour nous, pour une pratique, pour prendre l’air, nous pouvons changer d’activités, de relations, de travail.

Nous pouvons aussi choisir, dans la relation à nous-mêmes : nourrir telle pensée ou telle émotion, ou bien les mettre de côté. Nous apprenons là une nouvelle compétence : savoir reconnaître et accueillir ce qui advient à l’intérieur de nous, lui faire de la place et être capable aussi de s’en différencier. Nous avons l’opportunité d’apprendre à nous engager et à choisir. Quand une émotion est là, est-ce le temps de lui faire de la place pour la ressentir pleinement, ou est-ce le moment de la laisser de côté consciemment ? Sans refuser cette émotion, sans l’étouffer, nous pouvons, de cette façon et dans ces moments-là, privilégier un espace intérieur plus profond, plus calme, en lien avec la vastitude.

Extrait de Guérir l’ego, révéler l’être ; Bernadette Blin, Brigitte Chavas

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