Message du Guérisseur Lestrys transmis par Aurélia LEDOUX

Au matin venu, je m’éveillais, parfaitement reposé. Un petit tintement attira mon attention. Apparemment, vu le nombre considérable de pièces détachées disposées au sol, Darsimen avait entrepris de démonter la quasi-totalité du système de propulsion du vaisseau.

Malgré mes doutes concernant les pans de mémoires vacillants qui demeuraient en lui, je me trouvais immensément impressionné de tant de compétences. Le sage chantonnait d’un air absent. Mes compagnons s’éveillèrent et nous nous sommes bien gardés de le troubler, même Panresu, qui afficha une grimace désespérée en voyant l’amas de pièces éparses au sol.

Le petit Lokhaïl le fixait intensément, mais renonça lui aussi à s’approcher malgré sa curiosité intense. Je devinais que des travaux de cette ampleur dépassaient même les compétences pourtant très élevées de mon courageux petit compagnon.

Ce fut cependant Darsimen qui se tourna vers nous, nous saluant d’un air enjoué. Il appela le petit gris ravi à ses côtés.

Ah, petit, petit précieux, voici que j’ai trouvé ce qui cause tant de tourments à la propulsion de ce véhicule ! s’extasia Darsimen en dansant presque de joie.
Itzu ? couina Lokhaïl
Une simple pierre, petit aventurier ! fit le sage en mettant un bloc grisâtre dans sa paume minuscule
Le petit alien en fut abasourdi, il contempla longuement la pierre. Darsimen ressouda diverses tubulures endommagées avec un réel talent. Le petit Lokhaïl lui prêta main-forte. Ils colmatèrent plusieurs brèches dans les grilles du système de ventilation du véhicule.

Partis explorer une grotte parée de cristaux fluorescents, en contrebas, Panresu et Mellkit revinrent alors que le remontage du vaisseau était pratiquement achevé. Lokhaïl était en train de passer l’aspirateur sur les sièges pour en retirer la cendre volcanique.

Pensez-vous que cela soit vraiment le moment d’astiquer cet engin ? Je me demande bien quand cette chose pourra décoller ! Et d’abord, d’où sort cet aspirateur ? renâcla le vieil alien
Je n’ai point de réponses à ces questions. Mais vous ne devriez plus vous en étonner à présent, lui dis-je en riant

Lokhaïl monta à bord du véhicule sur l’insistance de Darsimen, qui lui resta au sol. Le vieil alien lui fit des signes rassurants. Le petit clone démarra la chenille. Il y eut un bruit incongru, puis le réacteur se tut. Lokhaïl gémit d’impuissance.

Mais le sage avait prévu cela, il fit d’amples gestes de la main. La chenille s’éleva avec grâce. Le jeune clone hésitant redémarra le réacteur antique, cette fois, le ronronnement enfla et se stabilisa pour devenir inaudible. Le dispositif éternua plusieurs fois, laissant échapper de petits nuages de cendres.

Tout est parfait, vous avez réussi ! félicitais-je le vénérable alien
Absolument, s’extasia Eratsu. Je sens que la circulation énergétique à l’intérieur de ce véhicule est pleinement optimale ! Quel bonheur !
Montez donc, mes amis, nous enjoignit Darsimen. Il y a de la place pour tout le monde.
Ce véhicule n’était-il pas plus petit la veille au soir ? Car en vérité, il me semble bien étonnant qu’il y ait de la place pour nous tous à présent, fit remarquer Mellkit
Ce n’est point parce que les choses semblent figées et immobiles en un point de l’espace et un jour donné, qu’elles ne peuvent pas revêtir une apparence nouvelle. A force de foi, nous colorons notre existence de nouvelles possibilités qui ne se tenaient pas là auparavant, philosopha le sage Darsimen avec un grand rire.
Et il s’installa aux commandes, faisant fuser le petit transport à toute allure dans la galerie dorée. Enchantés d’une telle vitesse, nous avons félicité notre ami.

Tout ceci est prodigieux, le remercia Panresu. La vitesse de ce transport est bien supérieure ! Vous êtes un véritable expert !
Ce cher enfant en est également un bien grand, il réalise là des soudures presque impossibles avec une précision parfaite ! s’extasia le sage avec un grand rire
J’étais émerveillé d’un tel éclat en son regard. Sa conscience vacillante s’était stabilisée, d’une part sous l’action indéniable de l’eau mystérieuse et bien sûr, grâce à notre présence. Le fait pour un être aussi âgé que lui de mettre ses compétences à notre service, participait indéniablement à sa guérison.

Notre progression en ces galeries fut décuplée grâce à l’intervention fulgurante de Darsimen sur la propulsion de notre transport. Celui-ci allait aussi vite qu’un vaisseau à présent.

A un moment donné, nous avons ralenti, nous ressentions des signaux psychiques. Notre groupe a été rejoint par des aliens femelles au nombre de neuf.

Ces aliens étaient chargées de lourds bagages, il s’agissait de nobles personnalités extrêmement cultivées. Chacune d’entre elles œuvrait en des laboratoires de haut niveau. Nous nous sommes serrés pour leur faire de la place. Le véhicule protesta quelque peu. Il fallut ralentir l’allure, car nous y avions attelé l’engin antique que ces dames avaient réussi à sauver des décombres. Sur cet engin trônait une bibliothèque vacillante, attachée avec des cordes, ainsi que des malles garnies de travaux précieux.

Il peut sembler paradoxal de devoir transporter autant de lecture, mais pour nous, cela est un trésor et nous le comprenons très bien.

En soirée, notre groupe a été approché par deux petits êtres affaiblis, très craintifs. Ces jeunes se sont enfuis, complètement épouvantés lorsque nous avons tenté de leur parler.

Stency a connu un plus franc succès que nous. Ces enfants tenaient à peine sur leurs jambes et nous étions saisis de compassion. Ils refusaient cependant de se joindre à nous. Nous devions repartir le lendemain, et cela voulait dire que nous étions contraints de les abandonner à leur sort. Nous conversions de manière vraiment merveilleuse avec Darsimen, notre ami, guéri de ses absences était vraiment un alien très attachant. Eratsu, Darsimen et moi étions devenus de très bons amis. Le petit Lokhaïl lui aussi, était comblé de se trouver à ses côtés. De même Giorgio et Laïev étaient d’excellents compagnons. La jambe de Giorgio avait guéri de manière encourageante, et il lui arrivait maintenant de jouer avec les enfants.

Cela intriguait les deux petits clones si craintifs. Le plus hardi décida de s’approcher de notre ami Terrien. Le pauvre était harassé de fatigue. Le deuxième, tapi derrière un rocher, écoutait avec effroi les mots rassurants que Stency leur destinait. Il voulut s’enfuir, mais ce fut Panresu qui l’empêcha de détaler à point nommé.

En voilà assez petit ! Allons, nous ne te voulons aucun mal, émit-il. Veux-tu cesser de fuir et nous laisser te soigner comme il convient ? grommela le premier
Le petit clone s’inclina aussitôt en une révérence terrifiée. Ce fut Panresu qui l’aida à monter sur le véhicule et qui examina ses jambes. Le petit être famélique était blessé, des brûlures nombreuses recouvraient ses jambes. Panresu fixa le jeune alien couvert de boue et de cendres. Il l’aida à se baigner dans un petit bassin, nettoya les plaies et y étala un onguent.

Défense de marcher, ordonna Panresu d’un ton impérieux voilé de compassion. Compris ?
Le petit clone le fixait d’un œil fasciné, très surpris d’être soigné par un premier aussi important. Panresu l’entoura d’une couverture et lui fit boire de l’eau mystérieuse.

Stency fouilla dans le coffre et en sortit une parure écarlate qu’un premier avait abandonné dans sa course, pour l’infortuné petit alien qui ne portait qu’une chemise. Le jeune être voulut retirer le manteau, mais Issaltir l’en empêcha.

Tu es en sécurité ici. L’ordre des castes n’a plus d’importance. Nous devons tous être habillés de manière confortable. N’es-tu point d’accord ?

Le petit alien poussa un glapissement étranglé. Nous avons offerts nos maigres provisions aux deux rescapés. Leur teint reprit un peu de couleurs et ils s’endormirent. Nous étions vraiment émus d’avoir réussi à approcher des enfants aussi jeunes. Eratsu me désigna d’un air entendu le généticien Panresu qui posait un regard attendri sur le plus jeune des enfants.

Que voilà une métamorphose très bienvenue, s’amusa t-il. Ce qu’il manquait à notre grand insatisfait était un fils !
J’étouffais un rire discret. Durant tout le voyage, Panresu n’avait cessé de s’élever contre la présence de si jeunes enfants qui risquaient de nous ralentir. Contre toute attente, c’étaient eux qui avaient pu remédier à nos soucis mécaniques. Et voilà que maintenant, il venait très précisément de s’attacher à un petit clone inconnu !

Panresu trouva des raisons à cela. L’enfant était une petite clone, il souligna qu’elle avait travaillé dans un laboratoire semblable au sien et qu’il était donc parfaitement normal qu’il veille sur elle.

Je croisais son regard bleu très pur et m’en estimais ravi. Notre ami allait changer grâce à cette fillette si frêle. Le deuxième clone s’était étrangement attaché à Giorgio, qui était un homme agréable, mais pourtant un peu brusque et distant par instants. Notre ami Italien en était bien surpris. Cela l’exaspérait pourtant, il avait beaucoup maigri et la faim altérait son humeur. Il surprenait parfois le regard brillant intense du petit être aux yeux noirs, qui quêtait son attention.

Cet enfant recherche son père, émit Eratsu avec éloquence
Il lui faut un père, simplement, répliqua Giorgio d’un ton impatient. Il n’arrête pas de me suivre ! Les clones sont conditionnés pour s’attacher très fortement à ceux qu’ils servent et qui les nourrissent. Cela peut-être le premier venu !
Et vous n’êtes pas le premier venu. Il est remarquable qu’il ait choisi un Terrien plutôt que nous. Vous devriez songer à la signification de tout ceci, émit mon ami d’un ton bienveillant
Je ne sais que faire avec cet enfant, protesta Giorgio d’un ton chagrin. Je puis jouer avec les enfants, cela est bien agréable, mais il m’est impensable de m’en occuper en permanence !
Vous devriez déjà essayer de lui parler, suggéra Eratsu. Ce petit est bouleversé, il n’a même pas dit un mot depuis qu’on l’a trouvé. Ils ont du franchir des coulées de lave… Vous êtes celui qui lui redonnera espoir.
Ah…bon, vous pensez ? Mais je ne sais même pas pourquoi ? Pourquoi il me suit moi d’abord ? soupira Giorgio. Si au moins il avait quelque chose de bon à manger sur lui !
Pourquoi ne pas le lui demander ? émit Eratsu en riant
Vivement embarrassé, Giorgio, se mit à soupirer, réfléchissant en passant sa main dans ses cheveux noirs ébouriffés. Le petit clone filiforme était attiré de manière très vive par cet homme de grande taille. Giorgio n’était point de son espèce, il avait plus de cinquante ans et ne lui ressemblait aucunement.

Il y avait là bien des choses qui échappaient à notre compréhension, cela était promesse de nouveaux liens qui se tissaient lentement entre notre monde et le vôtre.

J’ai été ravi de vous dicter ce message, chers amis de la Terre !

Que la Grâce s’écoule sur nos deux mondes ! Soyez remerciés de tant de bonté, de prévenance !

Votre ami, le guérisseur Lestrys

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