Par le Veilleur


« Normal » : « qui est conforme à la norme, à l’état le plus fréquent, habituel ; qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel. »

La norme pousse donc au formatage et à l’effacement de toute singularité (de nos faiblesses, nos fragilités, nos richesses, nos qualités, tout ce qui fait que nous sommes nous). Une étiquette, peut être utile pour aider sur un certain point, elle montre une direction. Mais une direction n’étant pas un mur, il faut aussi savoir la dépasser pour aller plus loin, être critique de chaque étiquette que l’on nous met ou que l’on se met en se réduisant par exemple à un simple profil de réseau social, pour être soi et voir l’autre tel qu’il est, et non pas s’arrêter à sa propre caricature.

En occident, le fonctionnement de la pensée rend compte de ce qui est perçu dans le réel, de manière catégorielle : les individus sont perçus à partir de leurs caractéristiques et de leurs propriétés personnelles. Cela conduit inéluctablement à des typologies, des « grilles de lecture » réductrices et normalisables. De telles classifications incitent à la création de hiérarchisations selon la valeur ou l’utilité de chaque caractéristique, rendant l’individu malléable et objectal (réduis à un objet).

Cependant, nous sommes des êtres complexes et fragiles. Vouloir supprimer la fragilité intrinsèque à l’homme en symbolisant celui-ci par ça seule partie du « je vais bien », basé sur l’acceptation implicite aux normes en vigueur, créer un monstre à la Frankenstein sans souffrance et sans manque ou la fragilité est un accident à réparer.

Nous pouvons appeler l’être créé, un être modulaire : nous sommes réduits à une somme d’options, bonnes ou mauvaises à ajouter ou retirer selon les besoins.

Au niveau psychique par exemple, nous pourrions voir le catalogue de ces modules via le DSM. La réduction de l’être à des modules utiles et / ou accepté par la norme supprime de fait, toute la complexité du monde et de notre rapport à celui-ci. La multiplicité des visions est réduite à ce qui est utile ou bien dans le cadre accepté.

Le pas comme il faut sera soit un être trop proche de la nature (un sauvage), soit un être contre nature (un barbare). Dans les deux cas, individus et groupes seront étiquetés par apport à leur excès de visibilités (dans le sens de ce qui déborde du cadre). L’étiquette ainsi produite discipline des êtres jusqu’ici multiples et contradictoires, les rendant unidimensionnels.


La norme représente cette violence propre aux temps de paix, marquant la vie quotidienne par un élément central, la peur.


La peur de sortir du cadre et de devoir, s’en justifier, l’assumer ou se retrouver exclus du cadre social. C’est là, une des angoisses les plus présentes actuellement. D’ailleurs en cas de débordement (en pratique inévitable à la vie) les autres étiquettes sont prêtes, celles des différentes figures du barbare inassimilable : fou, malade, terroriste, simple d’esprit, etc.

Lorsque nous réduisons une personne, à une étiquette pour tenter de la définir (Noir, handicapé, femme, ouvrier…) ce n’est pas à cause d’un manque d’information à recevoir face à ce groupe catégoriel, mais à une perception saturée de la norme de notre cadre culturel (Communauté, pays, sexe….) dans notre corps.

De ce fait, ce n’est qu’en complexifiant sa perception et en modifiant son rapport au monde à travers des pratiques que celui-ci pourra aller de cette perception vers une autre. Puis de là, intégrer la connaissance de ce qu’il a de commun entre lui et l’autre, via leur participation commune à une situation, à une expérience.

En reconnaissant cette perception saturée de la norme qui s’ancre dans le corps, nous cessons d’avoir sur cette perception un point de vue moralisant, qui nous place au niveau de la bonne conscience, sans aucun effet concret sur cette perception.

Le Veilleur

Notes pour aller plus loin :

– Eloge du conflit de Miguel Benasayag et Angelique del Rey (sur la place de débat et de la pensée uniformisante.)

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