Osho Rajneesh

Question : Le refoulement est devenu une réaction automatique, physique et psychique, dont nous n’avons plus conscience et que nous ne souhaitons même plus changer. Comment apprendre à faire la distinction entre notre fausse personnalité et la vraie?

Pour commencer : tous vos personnages sont faux, vous n’avez aucun visage authentique. C’est d’ailleurs la raison de votre question. Le réel ne laisse aucun doute, il existe et vous le connaissez. Toutes vos attitudes sont illusoires et mensongères, par conséquent vous ne savez pas laquelle prendre pour référence, vous ne parvenez pas à établir une distinction parce que la vérité vous est inconnue. La difficulté, c’est votre ignorance. Le réel vous échappe parce qu’il n’est pas donné naturellement. (…).

Dans le zen, il est appelé « le visage originel », celui que vous aviez avant votre naissance et que vous aurez après votre mort. Autrement dit, toutes les physionomies que vous arborez dans cette soi-disant vie sont des masques. Comment contempler votre vrai visage ? Il faut, pour cela, remonter à ce qui précédait votre venue au monde. C’est le seul moyen.

Vous avez très tôt commencé à être faux, pour la bonne raison que la comédie est payante. Le bébé est déjà un politicien. Il entre en relation avec son entourage et découvre comment obtenir ce qu’il veut : de la compagnie, des soins, de la nourriture, des attentions, des égards. Il comprend vite qu’en déplaisant à ses pourvoyeurs, il risque de les éloigner. Il cultive donc les mimiques en échange desquelles il bénéficiera d’un maximum de considération. L’hypocrisie commence.

Retenez donc que vos comportements sont tous faux et n’essayez pas de trouver en vous des traits authentiques, il n’y en a pas. Votre collection de déguisements est utile, mais trompeuse. Et la pire des illusions serait de vous confectionner un visage de plus que vous tiendrez pour vrai, après avoir pris conscience de la vanité de tous les précédents.

Un exemple classique est celui du disciple. Il passe son temps comme tout le monde, dans un milieu ordinaire ponctué d’événements quotidiens. Un jour, il est frappé par la fausseté de sa vie et se met à la recherche d’autre chose. Il tourne le dos au monde et croit que sa nouvelle apparence, son identité de sannyasin (disciple), est bien lui. Il se trompe.

Tout ce que vous faites en réaction à ce que vous n’aimez plus, tout ce que vous imaginez pour contrebalancer ce qui vous blesse, est illusoire. En rejetant un personnage faux, vous en fabriquez un autre qui sera tout aussi faux. Alors, que faire ?

Le réel ne peut être produit. Le faux est l’ensemble de ce que vous avez appris, élaboré, généré. Le réel ne peut être ni obtenu ni cultivé. Il doit être découvert ; il existe, il est déjà là. N’essayez pas de l’inventer, vos efforts vous procureraient une baudruche supplémentaire. Echafauder un artefact demande beaucoup d’efforts. Renoncez à vos illusions, baissez vos masques, ce qui subsistera sera réel. Ce qui ne peut être abandonné ou anéanti est réel.

Comment s’y prendre ? Méditez. (…) Toutes les poses s’en vont en fumée dans le silence du mental. Alors, vous verrez votre face réelle, vous connaîtrez votre visage originel ou, si, vous préférez, vous serez sans visage. (…) Par conséquent prenez conscience de votre agitation cérébrale. Ne combattez pas le mécanisme de l’idéation, ne le réprimez pas, contentez-vous d’en être le témoin. Regardez les pensées qui passent comme des nuages dans le ciel, sans formuler le moindre commentaire. Si vous les condamnez, vous vous y opposerez et cette mettra un nouveau train de pensées en mouvement. Si vous les approuvez, vous perdrez la mémoire de vous-même, vous vous laisserez entraîner par le flot des pensées et oublierez que vous êtes le spectateur conscient. Vous serez perdu vos pensées.

Donc, ne soyez ni pour ni contre. Laissez les pensées suivre leur cours, quel qu’il soit, sans pousser ni freiner. Détendez-vous, observez, sans qu’intervienne la moindre notion de bien ou de mal, de beau ou de laid.

Si une pensée sublime vous traverse l’esprit, ne réagissez pas en vous disant : « C’est magnifique ! » Vous vous identifierez immédiatement. En jugeant, vous vous assimilez au processus idéationnel et collaborez à son entretien. En lui accordant votre attention, votre énergie, vous le nourrissez, vous l’amplifiez. Il ne s’arrêtera jamais.

Si une pensée érotique vous vient à l’esprit, ne collaborez ni en l’acceptant ni en la rejetant. Toute réaction déclenche une nouvelle vague mentale. Le sexe est une pensée, de même que la culpabilité, que Dieu ou n’importe quoi. Ne prenez aucun parti. Observez avec autant d’acuité que de neutralité.

Parvenez-vous encore à regarder un visage sans trouver qu’il est avenant, repoussant, sympathique, fourbe ? Non. Vous hallucinez le monde, vous ne le percevez plus qu’oblitéré par les voiles de votre psyché. Vous ne vivez pas, vous interprétez. Contentez-vous de voir !

Installez-vous à l’aise, assis ou allongé. Fermez les yeux, détendez-vous, laissez les pensées se succéder en vous, en toute indépendance. Ne condamnez rien, sinon vous allez refouler.

(…)

Si vous souhaitez méditer, sondez d’abord la stupidité des règles auxquelles vous vous conformez. Débarrassez-vous de toutes vos vues théoriques, n’ayez aucune attitude préconçue à l’égard de quoi que ce soit. Soyez un simple explorateur, quelqu’un qui cherche, qui est sincèrement en quête de la vérité.

Retenez ce point fondamental : ne jugez pas, n’appréciez pas, ne dépréciez pas. Laissez le mental s’agiter sans intervenir. Observez comme si vous étiez assis au bord d’un fleuve, regardez ce qui défile d’un regard neutre, pur. Peu à peu, le torrent des éléments refoulés ralentira, vous verrez des pauses, des trous dans leur cortège. Une pensée qui vient de s’effacer ne sera pas immédiatement suivie d’une autre. Dans ce vide se manifeste Cela. Pour la première fois, vous verrez une parcelle de votre visage originel, un coin du voile se soulèvera.

Quand vous ne pensez pas, toute notion de société s’évanouit. L’idée des autres disparaît en même temps que l’idée du je. Vous n’avez plus d’identité séparée, de masque. L’absence de concept est synonyme d’absence de visage. Dans le néant qui sépare une vague mentale de la vague suivante, vous rencontrerez votre être réel.

La personnalité est toujours mensongère. Quand vous connaîtrez votre essence, votre nature profonde, vous serez transformé. Une étincelle suffira pour faire de vous un autre homme. Vous distinguerez désormais, à tout moment, ce qui est vrai de ce qui est faux. Là réside le critère qui vous permettra de comparer vraiment. Vous ne ressentirez plus le besoin de demander l’avis des autres. Vos questions sont dues au fait que vous savez rien du réel. Tout ce que vous croyez connaître est absolument irréel.

(…) Malheureusement, méditer est extrêmement difficile, précisément parce que vous êtes une machine (homo mechanicus)

Essayez de comprendre. Les mécanismes sont indispensables à la survie. Votre corps, notamment, est un automate. Colin Wilson a parlé de notre « robot intérieur ». Chaque fois qu’une chose est connue, elle est laissée à l’automate. Le terme robot est préférable à l’intellect ou mémoire, par exemple, parce qu’il traduit mieux le côté autonome du processus qui fonctionne tout seul.

Vous avez sans doute appris à conduire. Au début, vous étiez constamment aux aguets. L’apprentissage est douloureuse parce qu’il faut tout le temps être attentif. Plus tard, l’aisance venant, vous avez confié le volant à votre robot. Vous pouvez désormais fumer, parler, écouter la radio et même peloter votre petite amie. L’automate se charge de conduire à votre place. « Vous » n’êtes plus nécessaire et c’est un soulagement.

Mais lorsque survient un imprévu, le robot ne sait plus quoi faire. Il n’a pas été programmé pour cela. Alors vous êtes électrisé, une sorte de décharge se produit dans votre organisme : vous sautez à la place de votre doublure mécanique. Ce bond intérieur est très sensible face à un accident imminent. Le robot lâche tout, vous saisissez le volant, maintenant « vous » conduisez. Quand le danger est passé, vous vous détendez, le robot peut de nouveau s’occuper du véhicule.

Le même schéma se répète dans une quantité d’occupations et c’est inéluctable. Sans automatismes, comment viendrez-vous à bout de tout ce qu’il y a à faire dans une journée ?

L’automate est nécessaire, confiez-lui tout ce que vous voulez, mais restez le maître. Ne lui permettez pas de vous monter sur la tête. Et sachez qu’il essaiera de le faire ! Il est tellement plus efficace que vous. Il vous conseillera de prendre votre retraite : « Laisse-moi faire, ne te tracasse plus, je connais mon boulot. »

Restez le maître ! Mais comment ? Il n’y a qu’un seul moyen. De temps à autre, reprenez consciemment les rênes. Donnez congé à votre domestique et conduisez lucidement, par exemple. Mais faites-le lorsqu’aucun danger ne risque de vous prendre au dépourvu, sinon vous bondiriez de nouveau à la place du robot sans vous rendre compte de ce que vous faites.

D’autres occasions sont tout aussi propices. Pendant une promenade, rappelez-vous soudain que vous êtes le maître. Débranchez la machine et marchez consciemment.

Vous êtes en train de m’écouter. C’est votre enregistreur qui m’entend. Imposez-vous à l’improviste, ne permettez plus au mental de s’interposer, écoutez-moi consciemment, de façon directe.

Que veut dire écouter consciemment ? Quand vous écoutez inconsciemment, vous êtes uniquement centré sur moi, vous avez perdu le souvenir de vous-même. L’orateur est perçu, mais l’auditeur n’est pas conscient de lui-même. Vous ne sentez pas que vous êtes celui-qui-écoute.

Prendre les rênes en main signifie être conscient des deux pôles, de celui qui parle et de celui qui écoute. Si vous voyez ces deux points, vous êtes le troisième : le témoin.

Etre le témoin, l’observateur, vous aidera à rester le maître. Alors, le robot ne pourra plus perturber votre vie. Car c’est bien ce qu’il fait, il met tout sens dessus dessous, il met la charrue devant les bœufs. Votre vie est un désordre permanent à cause des prérogatives que s’arroge votre valet. Parce qu’il est utile et efficace, il a fini par se mêler de ce qui n’est pas de sa juridiction.

Vous tombez amoureux. C’est beau, au début, avant que les automatismes ne soient mis en place. Vous êtes novice, conscient, émerveillé, vivant. Le robot va progressivement vous évincer, il finira par tout prendre en charge, vous ne serez plus qu’un époux, une épouse. Les « je t’aime » ne jailliront plus d’un cœur éperdu, c’est votre robot qui jouera la musique. Et vous le sentirez, vous saurez très bien que cela ne veut plus rien dire. Du bruit L’amour se sera transformé en corvée et votre vœu le plus cher sera de fuir.

Le robot dirige tout, vos sentiments, vos relations. Vous essayez d’échapper à certaines routines, mais en vain, l’automate gagne toujours et vous impose ses programmes. Vous décidez, par exemple, de ne plus céder à la colère. Mais le robot est performant, ses engrenages sont tellement bien au point que vous n’avez aucune chance de l’emporter. Vous l’apprendrez à vos dépens la prochaine fois que quelqu’un vous insultera. L’automate réagira comme il a appris à le faire. Les regrets suivront, mais chose désespérante, eux aussi sont une vielle habitude. Depuis votre enfance, vous explosez et ensuite vous vous repentez. Toute la séquence est prédéterminée depuis longtemps.

Pourquoi dites-vous si souvent que vous avez posé tel ou tel acte « malgré vous » ? Qu’est-ce vous voulez dire ? Que quelqu’un agit en vous. Le robot !

Comment en sortir ? Ne décidez plus rien. Renoncez à toutes vos bonnes intentions. Par contre, appliquez-vous à ne plus rien faire de façon inconsciente. Détrônez le robot. Ne supprimez rien, mais vivez consciemment. Mangez, fumez, fulminez, mais faites-le en vous rendant compte de ce que vous faites. La différence et essentielle.

Levez la main distraitement. Ensuite, levez-la en étant attentif. Allez-y ! Vous sentirez la différence. Votre geste conscient sera lent et silencieux, vous sentirez la conscience remplir votre main. Et lorsque votre main est pleine de conscience, votre mental est vide, il ne reste plus d’énergie à investir dans la pensée.

Pendant que vous remuez machinalement la main, votre esprit poursuit ses ruminations. Qui, dans ce cas, actionne votre main ? Le robot. Faites-le vous-même ! Chassez l’automate, en toute chose, tout au long de la journée. Vous serez bientôt de nouveau le maître. Mais ne courez pas au suicide, ne commencez pas par ce qu’il y a de plus difficile. C’est encore un truc. Vous aimez vous attaquer à une tâche impossible, après quoi l’échec vous sert de prétexte pour baisser les bras. Prenez quelque chose d’anodin. Si vous ne réussissez pas, ce ne sera pas grave.

Vous avez une prédilection pour les défis. Prenons la colère. Pourquoi vous submerge-t-elle épisodiquement contre votre volonté ? Parce que dans cet événement majeur et complexe, le robot n’a aucune raison de quitter le poste de commande. Il est mieux renseigné et plus efficace que vous. Ou bien, prenons les activités sexuelles. Vous aimeriez faire ceci, ne pas faire cela. Mais c’est encore le robot qui en décide. Vous n’êtes pas à la hauteur de la situation.

A moins que vous ne deveniez conscient au point de pouvoir résoudre n’importe quel problème complexe sans l’aide du robot, ce dernier ne vous rendra pas les clés. Il est, en définitive, un mécanisme de défense très utile. Sans lui, vous réussiriez à rendre votre vie encore plus embrouillée qu’elle ne l’est déjà et les situations difficiles ne recevraient plus la moindre solution.

Par conséquent, exercez-vous, mais dans des domaines simples, la marche par exemple. Dites à votre automate : « Il n’y a aucun danger, il s’agit simplement d’une petite promenade sans but. Je peux me passer de tes services. Pour ce que je vais faire, je puis me permettre d’être inefficace et de rater ce petit exercice. »

Allez vous promener tranquillement, consciemment. Sentez votre corps, soyez présent dans le pied qui se lève, dans le pied qui touche le sol Ne pensez à rien d’autre, déversez votre conscience dans la marche, sans calcul. Ce ne sera pas facile. L’automate interférera sans arrêt : « Arrête, laisse-moi faire, je m’y connais bien mieux que toi. » Et il dit vrai. C’est pour cela qu’il ne faut pas vous risquer hors des essais simples et sans grandes conséquences.

Bouddha demandait à ses disciples de marcher, de manger et de dormir consciemment. Le jour où vous aurez recouvré la maîtrise dans ces actes primaires, vous saurez comment aborder les choses les plus difficiles en toute conscience. N’essayez pas avant cela.

Vous vous lancez toujours à l’assaut de citadelles imprenables. Après la défaite, inévitable, vous vous morfondez dans des sentiments d’infériorité, d’insuffisance. Cela apporte de l’eau au moulin de votre robot. Il viendra toujours à ‘votre secours’ quand vous vous trouverez dans l’impasse, car cela lui procure une bonne occasion de vous susurrer : « Ne t’occupe plus de tout cela, je m’en chargerai, je me débrouille beaucoup mieux que toi. »

Commencez par ce qu’il y a de plus facile. Les moines bouddhistes ont excellé dans ce domaine. A la question : « Comment méditez-vous ? Quelle est votre sadhana, votre pratique spirituelle ? », Basho répondit : « Quand j’ai faim, je mange. Quand j’ai sommeil, je dors. »

Ce fut l’étonnement : « Mais c’est ce que nous faisons tous ! En quoi est-ce spécial ? » Basho répéta : « Quand j’ai faim, je mange. Quand j’ai sommeil, je dors. » Et c’est cela qui était spécial. Lorsque vous avez faim, c’est votre robot qui mange. Quand vous avez sommeil, c’est votre robot qui dort. Basho disait : « je » dors, « je » mange… C’est toute la différence. !!!

Soyez davantage attentif dans vos activités quotidiennes, votre conscience s’élargira. Vous ne serez plus exclusivement une mécanique. Vous acquerrez pour la première fois une allure humaine. Pour le moment, vous n’êtes pas un individu. Vous êtes une série de masques, une machine sans âme.

La personne humaine est vivante, consciente ; elle peut mener une existence véritable, ce qui est impossible pour une machine. Vous fluctuez au gré des situations, vous n’avez pas de profondeur, pas d’axe central. Etre conscient vous révèle votre présence intérieure. Sans cela, vous croyez vivre, mais vous n’existez pas.

Un homme demanda un jour à bouddha : « Dis-moi ce que je puis faire pour servir l’humanité. » Bouddha le regarda avec compassion : « Qui va servir l’humanité ? Qui es-tu ? Tu n’existes pas encore. D’abord, sois. Ensuite, tu ne me poseras plus de questions. Tu agiras spontanément et ce tu feras en vaudra la peine. »

Gurdjieff a noté que les gens prennent pour argent comptant qu’ils existent. Quelqu’un vint le voir et dit : « La folie s’est emparée de moi. Mon esprit est déchiré par les conflits et les contradictions. Aidez-moi à trouver la paix intérieure, le silence du mental. »

Gurdjieff répondit : « Oublie ton esprit, tu ne peux rien faire à son sujet. Occupe-toi d’être présent. Avant toute chose, existe. Si tu n’es pas, tu ne peux rien faire. »

Que signifie : vous n’existez pas ? Cela veut dire que vous êtes un automate, une machine qui fonctionne selon des lois mécaniques. Réveillez-vous ! Commencez par les choses les plus banales de votre vie, faites-les consciemment.

Rajneesh – Extrait du Livre Techniques Secrètes

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité, de citer l'auteur, les sources, et le site: https://elishean-portesdutemps.com

Votre aide est très Importante…

Depuis plus de 10 ans, de la conception à la publication, je suis seule à travailler sur les sites du réseau Elishean, partageant tous les jours des textes afin d'ouvrir les consciences et aider à l'Ascension, promesse de l'Âge d'or. Je fais appel à vous aujourd'hui afin de me soutenir dans cette démarche en faisant un don (si minime soit-il). Le partage est un don de Soi, un don d'Amour... Recevez toute ma gratitude... Mon Amour vous accompagne...

Copyright les Hathor © Elishean/2009-2019/ Aux Portes du Temps

Print Friendly, PDF & Email